PARIS, 19 août (Le Parisien Matin)Jean-François Piège a indiqué le 19 juillet dans le podcast Boustifaille animé par Laurent Mariotte qu’il envisageait de vendre l’ensemble de ses restaurants plutôt que de les transmettre à ses deux enfants. Le chef de 55 ans a justifié ce choix par sa volonté de ne pas leur imposer une carrière dans la restauration.

Une vente programmée avant transmission

Propriétaire d’une douzaine d’établissements, le chef doublement étoilé a bâti son patrimoine aux côtés de son épouse Élodie, avec qui il s’est marié en 2010. Il est devenu père d’un garçon, Antoine, en août 2015, puis d’une fille, Pia, en juin 2020.

Interrogé sur l’avenir de son groupe, il a été catégorique sur son intention de ne rien léguer de son activité professionnelle. Il a affirmé : Jean-François Piège :

« Je pense que j’aurai tout vendu et qu’elle fera sa vie ».

Le cuisinier a expliqué qu’il refusait de reproduire le schéma classique de la transmission forcée dans les maisons familiales. Il a estimé que reprendre une entreprise par obligation pouvait devenir un fardeau.

Il a confié :

« La succession de cet aspect familial, l’héritage un peu forcé, ça peut être un poids ».

Il a toutefois reconnu que sa fille cadette montrait déjà une sensibilité particulière. Il a nuancé : Jean-François Piège : « elle a quelque chose », tout en maintenant que cela ne devait pas conditionner son avenir.

Un patrimoine immobilier pour sécuriser l’avenir

À défaut de reprendre les rênes de ses tables, Antoine et Pia hériteraient d’un solide patrimoine immobilier constitué au fil des années par le couple. Cette conversion de l’empire culinaire en biens immobiliers devait leur assurer une sécurité financière sans la contrainte des fourneaux.

Sa galaxie comprenait Le Grand Restaurant dans le 8e arrondissement, deux étoiles Michelin, les bistrots La Poule au Pot et À l’Épi d’Or, le concept Clover dont Clover Grill, ainsi que Mimosa à l’Hôtel de la Marine, le Jardin Tropezina à Saint-Tropez et deux adresses au sein du palace Selman Marrakech.

Le chef a revendiqué son goût pour l’entrepreneuriat comme moteur de ses ouvertures successives. Il a déclaré : Jean-François Piège :

« C’est l’entrepreneuriat oui et aussi quelle histoire je vais vivre ? On a dit plusieurs fois non à des choses parce qu’il n’y avait pas d’histoire de cuisine derrière ».

Pendant dix ans, Jean-François Piège a officié comme juré de l’émission Top Chef sur M6. Il a quitté le programme en juillet 2019, expliquant alors manquer de temps face à la multiplication de ses projets.

Il a rappelé à cette occasion : Jean-François Piège :

« J’ai arrêté au moment où je devais arrêter ».

Il a ajouté :

« J’ai aujourd’hui huit restaurants. Quand j’ai commencé, j’en avais qu’un. À un moment donné, j’ai fait des restaurants, j’ai fait des livres, et il fallait bien choisir entre toutes ces activités-là. Et c’est vrai que Top Chef, c’est chronophage ».

Il a conservé un souvenir positif de l’aventure télévisée. Il a déclaré :

« C’était génial parce que c’était le début, les candidats ne savaient pas à quelle sauce ils allaient être mangés. Ils étaient candides, on a vécu des moments incroyables. J’avais une équipe formidable (…) C’était fabuleux ».

Pourquoi vendre est le vrai cadeau fait à ses enfants

Le choix de Jean-François Piège raconte beaucoup plus qu’une simple anecdote familiale. Il illustre la mutation d’un modèle.

Pendant longtemps, la grande cuisine française s’est transmise comme une maison de couture : de père en fils, avec le nom sur la façade comme seul programme. Piège, en revendiquant le statut rare de chef-propriétaire de l’intégralité de ses adresses, a justement construit l’inverse : une entreprise personnelle, déconnectée de toute lignée.

En affirmant qu’il vendra tout, il règle une contradiction propre à sa génération de chefs-entrepreneurs. Son empire ne vaut que par sa présence, son exigence et son réseau. Sans lui, Le Grand Restaurant n’est plus Le Grand Restaurant, c’est un fonds de commerce avec un bail très cher dans le 8e arrondissement.

Transmettre aurait été offrir à ses enfants une coquille vide sous pression médiatique permanente, avec l’étiquette écrasante de « fils de » ou « fille de ».

On retrouve ici la même philosophie que chez Gordon Ramsay ou Dominique Crenn : sécuriser financièrement, mais obliger à se construire ailleurs. C’est une vision libérale de l’héritage, où l’argent est un tremplin et non une destinée. Elle tranche avec le roman national du bistrot familial repris sur trois générations.

Enfin, cette sortie prépare le marché. En annonçant publiquement son intention de vendre, Piège envoie un signal aux investisseurs de la restauration de luxe : la galaxie Piège, qui pèse plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires et un foncier parisien rare, sera à prendre. Ce n’est pas un adieu, c’est une stratégie de sortie à haute valeur.

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