WASHINGTON, 19 août (Le Parisien Matin) – Le président américain Donald Trump a suspendu la mise en œuvre de droits de douane de 50% visant des produits canadiens, quelques heures seulement avant l’échéance de minuit.
La décision fut motivée par l’annonce d’un accord de principe entre les deux pays, après des semaines de négociations sur la révision de leur accord commercial.
Un sursis de trois jours arraché in extremis
Le sursis accordé courut jusqu’à la fin du 21 août. Il donna aux deux administrations un délai pour finaliser la documentation juridique d’un compromis. L’annonce fut publiée sur Truth Social, moins de deux heures avant l’entrée en vigueur prévue des surtaxes.
Trump écrivit que la suspension fut décidée, selon ses mots,
« sur la base du fait que le Canada et les États-Unis, sous réserve de la finalisation des documents, ont un ACCORD ! »
A déclaré Trump. Le message insista sur le caractère provisoire de la trêve.
Le bureau du Représentant américain au commerce précisa sur X que le pacte en cours devait « inclure un accès complet au marché pour tous les produits américains, des engagements en matière de sécurité économique, un alignement sur le commerce numérique » a indiqué le Représentant américain au commerce.
Une proclamation présidentielle ajouta que la suspension intervenait parce que « le Canada a exprimé son engagement à supprimer les discriminations ou les impositions déraisonnables et inégales en question » a déclaré Trump.
Le premier ministre canadien Mark Carney adopta un ton nettement plus prudent que la Maison-Blanche. Il reconnut des avancées, tout en soulignant le caractère inachevé des discussions.
« Des progrès substantiels ont été réalisés »
A déclaré Carney. Il ajouta aussitôt que
« il reste encore un travail important à accomplir »
Carney précisa que l’objectif restait de « régler les questions commerciales en suspens et apporter une plus grande certitude et des avantages réels aux entreprises, aux travailleurs, aux agriculteurs et aux familles canadiennes » a déclaré Carney.
Les négociateurs canadiens, conduits par le ministre du Commerce Canada-États-Unis Dominic LeBlanc, restèrent à Washington pour tenter d’obtenir un allègement durable des droits existants avant la fin de la fenêtre de trois jours.
L’origine du différend commercial
La Maison-Blanche avait signé le mois précédent les décrets instaurant ces droits de 50%, en accusant Ottawa de traitement discriminatoire à l’encontre de l’alcool, de l’automobile et des produits laitiers américains.
Selon l’administration américaine, la plupart des provinces canadiennes avaient retiré les vins et spiritueux américains des rayons de leurs magasins d’État en 2025, en représailles à une première vague de tarifs américains. Ottawa avait également maintenu un tarif de 25% sur les automobiles américaines et des quotas laitiers jugés protectionnistes.
L’envoyé commercial Jamieson Greer avait affirmé que ces mesures visaient à tenir le Canada responsable de ses représailles et d’un accès préférentiel accordé aux produits laitiers de l’Union européenne.
Face à l’annulation par la Cour suprême américaine de nombreux tarifs mondiaux plus tôt dans l’année, l’administration Trump mobilisa un fondement juridique inédit. Elle invoqua la section 338 du Tariff Act de 1930, une loi datant de la Grande Dépression et inutilisée depuis près de cent ans.
Ce dispositif accorda au président le pouvoir d’imposer jusqu’à 50% de droits de douane aux pays jugés discriminatoires envers le commerce américain, sans nécessiter d’enquête formelle préalable. Le texte permit de contourner les canaux commerciaux modernes.
Les discussions actuelles portèrent aussi sur la révision de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada, l’USMCA, signé par Trump lors de son premier mandat mais qu’il estima devoir être modifié.

Des milliards de dollars et des secteurs emblématiques visés
Les droits suspendus ciblèrent environ 5,5% des exportations canadiennes vers les États-Unis, soit entre 20 et 28 milliards de dollars selon Oxford Economics. L’institut jugea le risque modeste pour l’ensemble de l’économie canadienne, mais beaucoup plus sévère pour le secteur manufacturier du centre du pays.
La liste inclut des produits emblématiques comme le vin, les crosses de hockey et le ciment. Elle toucha également des composants automobiles, l’acier, l’aluminium, les produits forestiers et le bois d’œuvre, déjà soumis à des droits distincts de 45%, ainsi que des biens de consommation comme le mobilier et les vêtements.
Les exportations essentielles comme le pétrole brut, le gaz naturel et les minéraux critiques furent épargnées. Les biens déjà soumis à des tarifs sectoriels spécifiques furent également exclus du champ d’application.
Dans son message d’annonce, Trump relança le projet controversé d’oléoduc Keystone XL, bloqué sous l’administration Biden pour des raisons environnementales.
« Le grand oléoduc Keystone XL, tué il y a longtemps par Sleepy Joe Biden, pourrait être réveillé d’entre les morts ! »
A déclaré Trump.
Le projet, qui visait à transporter du pétrole des sables bitumineux canadiens vers les raffineries américaines, avait été défendu lors du premier mandat de Trump avant d’être annulé.
Une trêve tactique plus qu’un accord
Au-delà de l’annonce spectaculaire, la séquence du 19 août révèle surtout la méthode Trump : créer une urgence maximale pour obtenir une concession rapide. En invoquant une loi de 1930 jamais utilisée depuis un siècle, la Maison-Blanche a contourné les procédures habituelles de l’OMC et de l’USMCA. C’est un signal politique, pas juridique.
Pour Ottawa, le calcul est différent. Avec plus de 72% de ses exportations dirigées vers les États-Unis, le Canada ne peut se permettre une escalade. Mais le système provincial de gestion de l’alcool et le modèle laitier à quotas sont des lignes rouges intérieures. Mark Carney le sait : céder trop vite sur ces dossiers lui coûterait plus que trois jours de surtaxes.
Le retour de Keystone XL dans le discours n’est pas anodin. Il lie le commerce à l’énergie et offre à Trump un levier symbolique auprès de son électorat industriel, tout en rappelant que l’USMCA ne sera pas simplement renégocié, mais repensé autour d’une logique d’accès total au marché canadien. La trêve de 72 heures n’est donc pas la fin du conflit, mais son nouveau cadre.


