RICHMOND, 19 août (Le Parisien Matin)Frank Beard, batteur historique du groupe américain de rock-blues ZZ Top, est décédé à l’âge de 77 ans à son ranch de Richmond, au Texas.

Le musicien s’est éteint le lundi 17 août, en soins palliatifs et entouré de sa famille. L’annonce a été faite le mardi 18 août par le groupe et son représentant Bob Merlis.

Un décès annoncé par le groupe

Frank Beard avait mis sa carrière en pause l’an dernier en raison de problèmes de santé non précisés. Il souffrait notamment de complications aux pieds et aux chevilles.

Sa disparition est survenue quelques jours après l’annulation d’un concert du groupe au Hollywood Bowl le 5 août. Il avait déjà été contraint de s’écarter temporairement de la tournée en cours.

Il laisse derrière lui son épouse Debbie Meredith et leurs trois enfants.

Le chanteur et guitariste du groupe lui a rendu hommage dans un communiqué publié sur la page Facebook de ZZ Top. Il a salué la perte d’un proche collaborateur et d’une figure majeure de la scène texane.

Gibbons a déclaré :

« Aujourd’hui, Elwood et moi avons perdu un grand ami et collaborateur, et le monde a perdu l’un des batteurs les plus naturellement innovants et un grand et vrai fils du Texas. Sa signature rythmique a été essentielle pour maintenir ZZ au sommet ».

Il a ajouté :

« Le groupe dont il a fait partie pendant six décennies va continuer à avancer comme il l’avait souhaité ».

Du blues lourd au rock synthétique

Né en 1949 à Frankston, au Texas, Frank Beard a rejoint ZZ Top en 1969. Il a suivi l’évolution du trio, passé du blues lourd des débuts au son expérimental marqué par les synthétiseurs dans les années 1980.

Ses rythmes ont porté des titres emblématiques comme « La Grange » et « Sharp Dressed Man ». Le groupe s’est fait connaître mondialement grâce à ses clips, dont « Gimme All Your Lovin’ », et a remporté trois MTV Video Music Awards.

Le trio a vendu plus de 50 millions de disques et a été intronisé au Rock & Roll Hall of Fame en 2004.

Avant ZZ Top, Frank Beard a joué dans plusieurs formations locales du Texas, notamment aux côtés du bassiste Dusty Hill. Il a présenté Hill au guitariste Billy Gibbons, scellant la formation historique du groupe.

Cette composition est restée inchangée pendant plus de cinquante ans, un cas rare dans l’histoire du rock. Après le décès de Dusty Hill en 2021, Beard a poursuivi l’aventure avec le nouveau bassiste Elwood Francis.

Dans une anecdote célèbre, il était le seul membre de ZZ Top à ne pas porter de longue barbe, préférant une simple moustache, malgré un nom de famille qui signifie barbe en anglais.

À la suite de sa disparition, le groupe a annulé deux dates prévues à Salt Lake City et Colorado Springs. Le batteur de tournée Michael Monahan assure désormais le relais au sein de la formation qui comprend Gibbons et Francis.

ZZ Top a indiqué sur les réseaux sociaux qu’il maintiendrait ses concerts prévus ce week-end à l’Austin City Limits, au Texas. Le groupe a précisé qu’il s’agissait de l’une des salles préférées de Frank Beard et d’une ville qui avait été comme une seconde maison pour lui.

Le métronome invisible d’un mythe texan

L’histoire de ZZ Top a toujours été racontée par ses barbes. Celle de Frank Beard doit se lire à l’envers : c’est l’homme sans barbe qui a fait tenir le mythe debout. Dans un trio où tout était visuel, il a choisi l’effacement rythmique, et c’est précisément ce choix qui a rendu le groupe indestructible.

Son jeu n’a jamais cherché la démonstration. Pas de solos interminables, pas de signatures complexes. Beard pratiquait ce que les batteurs appellent le « pocket » : ce placement légèrement en arrière du temps, ce shuffle texan lourd et marécageux qui donne l’impression que la chanson roule toute seule. Sur « La Grange », il ne joue pas le boogie, il le fait respirer.

C’est aussi ce qui lui a permis de réussir là où la plupart de ses contemporains des années 70 ont échoué : le virage de 1983. Quand ZZ Top a branché des boîtes à rythmes et des déclencheurs électroniques pour « Eliminator », beaucoup de batteurs historiques ont été remplacés par des machines.

Beard a fait l’inverse. Il a appris à jouer avec la machine, à injecter un swing humain dans une grille quantifiée. Sans lui, « Legs » aurait été un morceau de synth-pop froide ; avec lui, c’est resté du blues dansant.

Enfin, il y a la longévité. Cinquante-sept ans avec les mêmes partenaires, c’est une anomalie sociologique dans le rock. Cette stabilité s’explique aussi par sa trajectoire personnelle.

Après les excès de la fin des années 70 qui ont poussé le groupe à s’arrêter, Beard a fait une cure de désintoxication et est revenu en 1979 sur « Degüello » plus sobre et plus carré. Il est devenu le garant professionnel du groupe, celui qui tenait le tempo quand le reste de l’industrie accélérait.

ZZ Top perd son moteur le plus discret. Pas son image, mais sa pulsation.

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