DIJON, 19 août (Le Parisien Matin) – Le sénateur François Patriat est mort à l’hôpital de Dijon à l’âge de 83 ans, des suites d’un grave accident de vélo survenu le 17 juillet en Côte-d’Or.

Pilier historique de la majorité présidentielle et soutien inconditionnel d’Emmanuel Macron, il s’apprêtait à quitter la vie politique après cinquante ans de mandats.

Le 17 septembre 2016, il avait déjà été victime d’un grave accident sur l’A38 en direction de Dijon, percuté de plein fouet par un véhicule à contresens. Quelques instants plus tard, son téléphone avait sonné. C’était Emmanuel Macron, candidat encore non déclaré, dont il était l’un des premiers soutiens.

L’épisode scella l’amitié entre les deux hommes, que 35 ans séparaient. Incarcéré dans sa voiture, les côtes fêlées, François Patriat décrocha malgré le choc. Emmanuel Macron lança :

« François, comment ça se présente ? ».

Il murmura :

« Emmanuel, je meurs ».

L’accident fit deux morts. Patriat survécut. Quelques jours plus tard, alors qu’il se rendait à Besançon, Emmanuel Macron fit un arrêt à Dijon pour lui rendre visite à l’hôpital. Le président salua depuis la perte d’un « ami cher ».

En juin, par « lucidité et sagesse », François Patriat avait annoncé qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat aux sénatoriales de septembre. Il comptait quitter la vie publique.

L’un des premiers marcheurs au Sénat

Ancien membre du Parti socialiste qu’il avait rejoint en 1974, François Patriat rejoignit En Marche ! dès 2016. Il fut l’un des premiers socialistes à croire en Emmanuel Macron. Il créa et présida le groupe RDPI au Sénat à partir de 2017, défendant les réformes contre vents et marées.

Sa ferveur dépassait le soutien politique. Avant même le lancement officiel du mouvement en avril 2016, il se rendit à la cathédrale d’Amiens pour y brûler un cierge, espérant le succès de la candidature.

Le déclic eut lieu en mars 2015 à Beaune. Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, inaugurait une usine de lunettes aux côtés d’Adriana Karembeu. François Patriat raconta, fasciné :

« tous les yeux n’étaient braqués que sur Macron ».

Vétérinaire de formation et fils de paysan, il exerça presque toutes les fonctions. Député de la Côte-d’Or pendant seize ans, maire de Chailly-sur-Armançon, président du Conseil régional de Bourgogne de 2004 à 2015, il incarna l’ancrage local.

Au gouvernement, il fut Secrétaire d’État aux PME et au Commerce, puis ministre de l’Agriculture et de la Pêche sous Lionel Jospin entre 2000 et 2002. Sénateur de la Côte-d’Or depuis 2008, il traversa le mitterrandisme jusqu’au macronisme.

Portrait officiel de François Patriat, homme âgé aux cheveux blancs courts, en chemise bleue et cravate

Un terrien loin de la start-up nation

Le portrait du Figaro résuma sa dualité : un soutien affectueux à Emmanuel Macron combiné à un ancrage terrien très traditionnel. Amateur de vin de Bourgogne et passionné de chasse, il défendit le monde rural contre les mesures jugées punitives.

L’un de ses fils est œnologue en Bourgogne. Lui-même servit de bouclier face à l’écologie de salon. Lionel Jospin l’avait missionné pour réconcilier chasseurs et environnementalistes.

En juin encore, il rappela sur les plateaux qu’il était absurde d’interdire des pesticides sans solutions de remplacement, au risque de détruire les filières. Il se montra critique en privé face à la déconnexion technocratique.

Éloigné du langage technocratique, François Patriat cultivait le franc-parler. Fin connaisseur du vin, il aimait répéter :

« Le pouvoir est une drogue bien pire que le vin de Bourgogne ».

Dans les années 1980, il devint compagnon de golf de François Mitterrand, qu’il amusait avec des histoires grivoises et rabelaisiennes. En juin, il conclut sa conférence d’adieu par une boutade :

« Ne vous inquiétez pas, Macron 2032 est déjà dans mon ordinateur ! ».

Le dernier pont entre deux France

L’analyse de ce parcours ne peut se limiter à la fiche Wikipédia d’un ministre devenu sénateur macroniste. François Patriat fut, pendant sept ans, le traducteur le plus efficace du macronisme au Sénat, précisément parce qu’il n’en était pas issu.

À la Chambre haute, où la majorité présidentielle n’a jamais eu la majorité, son rôle fut moins législatif que diplomatique. Vétérinaire, élu d’une commune de 150 habitants, il parlait la langue des élus ruraux que les conseillers venus du privé ne comprenaient pas. Il expliquait Paris à la Bourgogne et la Bourgogne à Paris. C’est ce qui le rendit irremplaçable.

Sa disparition révèle aussi le paradoxe de la greffe macroniste. En 2017, Emmanuel Macron eut besoin de figures comme Patriat pour donner une assise territoriale à un mouvement perçu comme urbain et technocratique. Patriat, lui, trouva dans le jeune président un espace pour exister après l’effondrement du PS.

L’alliance fut affective avant d’être idéologique. Le cierge brûlé à Amiens, l’anecdote de Beaune, le coup de fil de l’A38 : tout relève du récit quasi mystique, pas du ralliement tactique.

Cette dimension humaine explique pourquoi il put, sans jamais rompre, porter des critiques internes que d’autres n’osaient formuler. Sur les pesticides, sur la chasse, sur la complexité normative, il fut l’aiguillon rural d’une majorité parfois sourde. Il ne défendait pas la start-up nation, il la tempérait.

Avec son retrait annoncé en juin puis sa mort brutale, c’est un type d’élu qui s’éteint : le cumulard assumé, enraciné, gouailleur, qui connaissait chaque vigneron de la Côte par son prénom. Le Sénat perd un manoeuvrier, Emmanuel Macron perd un ami, et le macronisme perd l’un de ses derniers contrepoids terriens.

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