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WASHINGTON, 13 août (Le Parisien Matin) – L’agence américaine de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) a prévu d’acheter des gants à décharge électrique pour ses agents de terrain.

L’avis, publié sur le site du Département de la Sécurité intérieure (DHS), a évoqué une enveloppe pouvant atteindre 20 millions de dollars pour des unités CTG-5 Generated Low Output Voltage Emitter, ou GLOVE.

L’annonce a alarmé les défenseurs des droits, critiques de l’action de l’ICE pendant la répression migratoire menée sous le président Donald Trump.

Le dispositif a été présenté comme un gant de patrouille ordinaire doté d’un interrupteur. Fabriqué par Compliant Technologies, il a délivré jusqu’à 380 volts par contact direct avec la peau pour perturber temporairement la coordination musculaire.

Le DHS l’a décrit comme « un dispositif de distraction conductrice et de désescalade qui sera délivré aux agents et officiers des enquêtes de sécurité intérieure et des opérations de détention et de renvoi », selon le DHS.

Vives inquiétudes des organisations de défense

Le projet a suscité une vive condamnation de l’American Civil Liberties Union et d’autres groupes. Les critiques ont souligné le caractère dissimulé de l’arme, impossible à détecter sur une caméra-piéton.

L’ACLU a estimé que « un moyen dissimulé d’infliger une douleur terrible est une recette pour plus de préjudice au public et moins de responsabilité », selon l’ACLU.

Le manuel du fabricant a précisé que les décharges ne devaient pas dépasser 15 secondes et ne jamais être utilisées comme punition.

Le DHS a indiqué que les agents de l’ICE étaient formés aux tactiques de désescalade et recevaient régulièrement une formation continue sur l’usage de la force.

« Chaque décision est prise avec une réflexion approfondie et est dûment examinée pour garantir que toute technologie utilisée par l’ICE est conforme à toutes les politiques et normes applicables en matière d’application de la loi ».

Selon un porte-parole du DHS.

Le gant invisible de l’ICE

La controverse est intervenue après des fusillades mortelles impliquant des agents de l’ICE au Minnesota et après des signalements de plus de 50 décès en détention depuis janvier de l’année dernière, selon l’agence.

Au-delà de l’annonce budgétaire, c’est la nature même de l’arme qui pose question. Le GLOVE efface la frontière visuelle entre contrainte physique ordinaire et usage d’une arme électrique. Contrairement au Taser, dont l’arc électrique et les fils sont identifiables, il ne laisse aucune trace immédiate pour un témoin ou une caméra.

Pour l’ICE, l’argument est opérationnel : sécuriser une interpellation sans recourir à une matraque ou à une arme à feu, dans des interventions souvent filmées et contestées.

Mais l’outil arrive dans un contexte déjà inflammable. Les décès en détention, les fusillades du Minnesota et les accusations de profilage racial ont installé une méfiance structurelle. Dans ce climat, une technologie invisible devient un risque juridique autant qu’éthique.

Sur le plan légal, l’absence de réglementation spécifique sur les dispositifs de distraction conductrice portés à la main ouvre un vide. Les tribunaux américains ont déjà encadré l’usage des Tasers comme force intermédiaire.

Le gant, parce qu’il s’active au contact direct, pourrait être requalifié en force physique simple, donc moins contrôlée, alors même qu’il délivre 380 volts.

Enfin, l’effet dissuasif recherché pourrait se retourner. L’annonce de gants à choc, perçue comme punitive, alimente le récit d’une militarisation de la police migratoire.

Elle risque d’accroître la peur dans les communautés ciblées et de compliquer la coopération, sans garantie d’une réduction réelle des blessures lors des interpellations.

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