OTTAWA, 25 août (Le Parisien Matin) – Mark Carney a rompu vendredi les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis pour défendre l’exception culturelle québécoise et l’usage du français.
Le premier ministre canadien a refusé de transiger face aux exigences de l’administration Trump, devenues le principal point d’achoppement des pourparlers.
Il a justifié sa décision par un fossé de doctrine entre les deux capitales sur la question culturelle. La défense de la langue de Molière s’est imposée au cœur du bras de fer tarifaire, alors que Washington contestait plusieurs piliers de la politique linguistique canadienne.
Une rupture assumée pour défendre le français
Mark Carney a défendu lundi son choix de mettre fin aux discussions. Il a mis en avant une divergence profonde avec Washington en matière de culture.
« Il y a un écart énorme entre les perspectives canadiennes et les perspectives américaines ».
A souligné Mark Carney. Le premier ministre, à qui il fut souvent reproché un manque de sensibilité au français, a présenté ce refus comme une ligne rouge.
Il poursuit par ailleurs son apprentissage du français depuis son accession au pouvoir en mars 2025. Sa prise de position marqua une inflexion remarquée dans son discours à l’égard du Québec.
Le chef du gouvernement canadien a fustigé des demandes formulées tardivement par la partie américaine. Ces revendications portèrent sur plusieurs dispositifs de soutien à la francophonie.
Mark Carney a dénoncé des demandes introduites « dans les dernières heures » qui remettaient en cause les subventions à la culture francophone, la place des médias francophones en ligne et l’obligation d’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada.
Il a également évoqué l’enjeu de la découvrabilité des productions québécoises sur les plateformes numériques. Il a défini cette notion comme la « disponibilité (du contenu) en ligne et (de) sa capacité à être repéré parmi un vaste ensemble », selon la définition reprise par le gouvernement du Québec sur son site officiel.
L’exception culturelle, un irritant historique
L’exception culturelle québécoise a constitué un contentieux de longue date entre les deux voisins. Des observateurs ont rappelé que ce dossier dépassa la seule question linguistique.
« La question de l’exception culturelle québécoise a toujours irrité les Américains ».
A souligné Geneviève Tellier. La professeure de science politique à l’Université d’Ottawa a précisé que d’autres facteurs contribuèrent à l’échec des pourparlers, comme les surtaxes sur l’automobile.
Le négociateur américain a critiqué le modèle canadien de financement de la culture.
« Le Canada force les entreprises technologiques américaines à prélever un pourcentage de leurs bénéfices pour les reverser à des concurrents canadiens ».
A dénoncé Jamieson Greer sur la chaîne CNBC.
En juillet, Mark Carney avait pourtant annoncé l’annulation d’une taxe qui devait être imposée à hauteur de 5% aux diffuseurs en ligne américains. Cette concession ne suffit pas à lever le blocage sur le volet culturel.
Jamieson Greer, lui-même francophone, a nuancé sa position. « Mais je comprends pourquoi les Québécois veulent avoir du contenu en français », a nuancé Jamieson Greer.
Un soutien massif au Québec
Au Québec, où un peu plus de 75% des 9 millions d’habitants parlent le plus souvent le français, la décision de Mark Carney a suscité une large approbation. Le choix de rompre les négociations et de soutenir des droits culturels qualifiés de fondamentaux a rassemblé au-delà des clivages partisans.
Un sondage publié dimanche par l’institut Angus Reid a mesuré l’adhésion à cette stratégie. 85% des Québécois ont estimé qu’il s’agissait de « la bonne chose à faire », soit le taux le plus élevé parmi les dix provinces canadiennes.
Cette séquence a contrasté avec les critiques passées adressées au premier ministre libéral.
« On avait pourtant souvent reproché à Mark Carney son manque de sensibilité au fait français ».
A affirmé Geneviève Tellier.
La dirigeante du Québec a réagi aux côtés de Mark Carney lundi. Elle a mis en garde contre les pressions économiques exercées par Washington.
« Le Québec est confronté à d’énormes vents contraires »
mais ne se
« laissera pas intimider ».
A estimé Christine Fréchette. La première ministre provinciale avait déclaré dimanche sur son compte X :
« Notre identité ne se négocie pas ».
Christine Fréchette remettra en jeu son poste lors de prochaines élections législatives prévues le 5 octobre. Le scrutin est pour l’instant mené dans les sondages par le dirigeant d’un parti indépendantiste.
L’importance prise par la culture québécoise dans la guerre tarifaire a fait réagir jusqu’en France. « Trump menace le Québec. Il lui en cuirait d’aller plus loin dans cette direction. Les Français sont liés au Québec. Soyons prêts à agir à la rescousse du Canada et du Québec », a déclaré Jean-Luc Mélenchon.


