TOURNAI, 25 août (Le Parisien Matin) – Dominique Alderweireld, alias « Dodo la Saumure », est décédé dans la nuit de lundi à mardi à Tournai, en Belgique, à 77 ans. Souffrant d’insuffisance cardiaque, le tenancier français de maisons closes, rendu célèbre par l’affaire du Carlton aux côtés de Dominique Strauss-Kahn, est mort près de la frontière française. L’information a été révélée mardi par son entourage.
Son ancien avocat en France, Sorin Margulis, a confirmé ce décès à l’AFP. Il a cité l’ex-compagne du proxénète, Béatrice Legrain.
Hospitalisé à Tournai, il y est mort après une insuffisance cardiaque. Il avait été admis peu avant.
De nationalité française et gérant d’établissements en Belgique, il avait été propulsé sur le devant de la scène pour ses liens présumés avec l’ancien directeur général du FMI. Son nom était apparu dans l’enquête sur le Carlton de Lille.
En 2014, il avait été condamné par une cour d’appel belge à cinq ans avec sursis pour proxénétisme.
Accusé de proxénétisme aggravé dans le procès dit du Carlton à Lille, où plusieurs notables avaient profité de services de prostituées, il a été relaxé, tout comme Dominique Strauss-Kahn en 2015.
Un parcours dans le milieu nocturne frontalier
Dominique Alderweireld est né à Annoeullin, dans le Nord, le 5 février 1949. Dans son ouvrage « Moi, Dodo la saumure », il a évoqué une « enfance difficile » dans différentes localités du Nord, a rapporté Dominique Alderweireld.
Au tournant des années 2000, il s’est lancé dans les bars à hôtesses en Belgique. Il a vu dans la région lilloise, selon ses mots,
« un réservoir d’un million d’habitants qui n’a qu’à traverser la frontière pour se dégourdir le poireau ».
A déclaré Dominique Alderweireld.
Il a acquis son sobriquet de « Dodo la Saumure », du nom de la préparation saline où trempent les maquereaux, surnom argotique des proxénètes.
Personnage haut en couleur, il se définissait à la veille de son procès en 2015 comme un « souteneur » toujours prêt à aider ses « filles » plutôt qu’un vulgaire proxénète, a affirmé Dominique Alderweireld.
Jamais à court de provocations, il avait appelé un club « DSK », pour Dodo Sex Klub, à Blaton, près de la frontière française. Fermé fin 2014, il a toujours juré n’avoir jamais rencontré l’ancien patron du FMI.
Il a terminé sa vie dans la misère. En juin dernier, il avait annoncé sur les réseaux sociaux être à la rue. Son hospitalisation a précédé de peu sa mort.
La trajectoire d’un proxénète devenu symbole médiatique
Au-delà du fait divers, la mort de Dominique Alderweireld clôt une histoire qui raconte beaucoup du nord de la France et de sa frontière belge.
Son modèle économique reposait sur un vide juridique assumé. La prostitution était interdite en France mais tolérée dans les maisons closes wallonnes. Il suffisait de traverser la frontière. Dodo la Saumure n’a pas inventé ce système, il l’a industrialisé avec un sens aigu du marketing provocateur.
Sa rencontre involontaire avec l’affaire Strauss-Kahn l’a fait basculer du statut de tenancier local à celui de personnage national. Le procès du Carlton n’a pas jugé la prostitution, il a jugé le pouvoir, l’argent et l’impunité supposée d’une élite. Alderweireld y servait de trait d’union, de fournisseur et de narrateur.
Ce qui frappe dans sa fin, c’est le contraste brutal. L’homme qui parlait de ses clubs comme d’entreprises florissantes, qui posait devant les caméras en costume, est mort sans domicile, hospitalisé dans la ville même où il avait bâti sa fortune.
Sa trajectoire illustre la précarité absolue d’un milieu où il n’existe ni retraite, ni filet de sécurité, et où la notoriété médiatique ne se convertit jamais en protection sociale. Sa disparition referme le dernier chapitre d’une affaire qui avait déjà enterré une certaine idée de la vie nocturne frontalière.


