CANNES, 24 août (Le Parisien Matin)Philippe Bouvard est mort à l’âge de 96 ans à son domicile de Cannes (Alpes-Maritimes), lundi 24 août. L’annonce a été faite par son épouse à RTL.

Journaliste, humoriste, homme de radio et de télévision, il mena l’un des plus longs parcours du paysage médiatique français.

Il avait livré sa propre épitaphe en exergue de son livre Je crois me souvenir… en 2013. Philippe Bouvard : « J’ai été un jeune sacripant, mais pas flemmard, avant de devenir un vieux con, mais pas blasé. Je ne suis fier de rien. Je suis seulement reconnaissant envers ce Dieu, auquel je déplore de ne pas croire, de m’avoir évité le pire avant l’inéluctable. »

Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers (Seine-et-Marne), fils unique d’une mère juive alsacienne Gensburger, il porta le nom de son beau-père.

Renvoyé d’un centre de formation et recalé trois fois au baccalauréat, il entra au Figaro en 1951 comme garçon de courses avant de devenir rédacteur en chef.

À la radio, il créa et dirigea Les Grosses Têtes sur RTL pendant près de 40 ans. Il quitta le micro en janvier 2025 à 95 ans, après 60 ans passés dans la même station.

Le découvreur de talents du petit écran

Sur Antenne 2, il anima Le Théâtre de Bouvard, pépinière qui révéla Les Inconnus, Muriel Robin et Mimie Mathy.

Il joua son propre rôle dans L’Aile ou la cuisse de Claude Zidi en 1976. L’affrontement entre Louis de Funès et Julien Guiomar eut lieu sur le plateau de son émission fictive.

Au total, sa carrière compta plus de 30 000 articles, plus de 50 livres et 18 000 émissions de radio.

Il se décrivait comme un bourreau de travail, affirmant n’avoir jamais pris un week-end ni de vacances à l’âge adulte, avec pour seul rituel une sieste d’une heure chaque jour.

Sa dent dure lui valut des inimitiés, dont 25 ans de piques contre Brigitte Bardot, avant une réconciliation et une amitié sincère après son invitation aux Grosses Têtes.

Fidèle à son humour grinçant sur sa propre fin, il lança, Philippe Bouvard : « Je ferai le mort afin de ne pas assister au mien ». Il écrivit aussi, Philippe Bouvard : « les bons vivants font souvent de mauvais morts ».

Dès l’annonce, son successeur depuis 2014 a salué sa mémoire sur RTL. Laurent Ruquier : « Il a toujours été pour moi un exemple, un modèle. Il a inventé l’impertinence et un style unique à la radio ».

L’inventeur de l’impertinence organisée

Avec Bouvard disparaît moins un animateur qu’un système. Il a industrialisé la vanne. Les Grosses Têtes n’étaient pas un simple divertissement, c’était une machine à recycler l’actualité par le cynisme, le calembour et la culture générale de façade, tenue d’une main de fer par un homme qui détestait l’improvisation.

Son génie fut d’avoir compris avant les autres que la radio pouvait être un théâtre sans décor. Le Théâtre de Bouvard, justement, fut son laboratoire le plus lucide : il donna une scène à des inconnus non pas par philanthropie, mais parce qu’il savait que l’air du temps se captait mieux dans la rue que dans les rédactions.

Il lança Les Inconnus, Robin ou Mathy en les laissant s’entre-dévorer, tout en restant le maître de cérémonie qui coupait court.

Il y a chez Bouvard un paradoxe français : un réactionnaire assumé qui fit carrière en faisant rire la France populaire, un bosseur obsessionnel qui prônait la sieste, un athée qui remerciait Dieu.

Il n’a jamais cherché à être aimé, seulement à être écouté. C’est pour cela que son modèle survit : Ruquier, Hanouna et les autres n’ont fait que reprendre son invention, l’impertinence comme ligne éditoriale, l’insolence encadrée par un conducteur.

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