SQUINZANO, 23 août (Le Parisien Matin) – Benedetta Daniele, 17 ans, a été mortellement percutée par un train vendredi 21 août en gare de Squinzano, dans le Salento. L’adolescente, partie de Lecce pour faire une surprise à son petit copain, a traversé directement la voie ferrée en évitant le passage souterrain.

En début de soirée, la jeune fille est descendue du train en provenance de Lecce, à une vingtaine de kilomètres. Pressée de rejoindre son groupe d’amis, elle a emprunté les rails à pied. Elle n’a pas vu arriver l’Intercity Notte 752.

Selon les témoignages recueillis, elle portait des écouteurs et était au téléphone au moment de la traversée. Elle n’aurait pas entendu les avertissements sonores du convoi.

« On nous a dit qu’elle parlait au téléphone portable en traversant et qu’elle a été distraite »

A rapporté son père.

Le conducteur a actionné le frein d’urgence en apercevant la victime, sans pouvoir éviter le choc. Les secours, arrivés rapidement, ont tenté de la réanimer.

La police ferroviaire a ouvert une enquête pour préciser les circonstances. L’hypothèse d’un évitement du souterrain jugé isolé à cette heure a été évoquée.

Anéanti, le père de l’adolescente a lancé un appel à se détacher des téléphones pour éviter les distractions. Des hommages ont été partagés sur les réseaux sociaux par sa famille et ses proches.

Ce drame de Squinzano n’est pas un cas isolé, il s’inscrit dans une série noire que les gestionnaires de réseaux connaissent bien. Ce que les rapports de SNCF Réseau et d’Infrabel appellent la « distraction cognitive » est devenue la première cause d’intrusion piétonne mortelle en gare.

Le mécanisme est documenté : écouteurs à réduction de bruit active, conversation téléphonique immersive, regard baissé sur l’écran. Le piéton ne traverse plus, il se déplace dans une bulle sensorielle étanche.

Les avertisseurs sonores du train, même à 120 décibels, ne la percent pas. Le freinage d’urgence d’un Intercity lancé à 100 km/h nécessite plus de 700 mètres. Voir la victime ne suffit plus à l’éviter.

Le second angle est infrastructurel. Pourquoi une adolescente de 17 ans préfère-t-elle les rails à un passage souterrain ? En Italie comme en France, les souterrains de petites gares du soir sont mal éclairés, parfois sans vidéosurveillance, anxiogènes pour une jeune femme seule.

Le choix rationnel sur le papier – le passage sécurisé – devient irrationnel dans le vécu. C’est un défaut de conception qui pousse au comportement à risque.

Enfin, il y a l’échec de la prévention par le message paternel. L’appel du père de Benedetta à « se détacher des téléphones » est poignant, mais il reproduit une injonction morale individuelle face à un problème systémique.

Les campagnes d’affichage « Restez attentifs » ne fonctionnent pas sur une génération qui a grandi avec un casque vissé sur les oreilles.

Les opérateurs commencent à le comprendre et testent des solutions physiques : dalles vibrantes au bord des quais, détection lidar d’intrusion, coupure automatique de la musique via Bluetooth en zone dangereuse. C’est ce changement de paradigme, de la responsabilité individuelle à la sécurisation passive, qui fera la différence.

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