BIENVILLE 23 août (Le Parisien Matin) – Un automobiliste est décédé dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 août après avoir refusé un contrôle de police municipale à Margny-lès-Compiègne et perdu le contrôle de son véhicule à Bienville. Les deux agents à l’origine de la tentative de contrôle ont été placés en garde à vue le lendemain pour éclaircir les circonstances de la course-poursuite.
Le contrôle qui a dégénéré
Vers 23h30, deux agents de la police municipale de Margny-lès-Compiègne repérèrent un véhicule transportant deux hommes et tentèrent de procéder à sa vérification. Le conducteur refusa d’obtempérer et prit la fuite à vive allure en direction du village voisin de Bienville. Selon le parquet, le fuyard avait tenté d’échapper au contrôle en accélérant, confirmant des informations relayées par le Courrier Picard.
L’automobiliste perdit rapidement la maîtrise de sa voiture à l’entrée de Bienville. Le véhicule quitta la chaussée et termina sa course dans un champ en bordure de route. Le parquet précisa que
« Le conducteur était manifestement sous l’emprise de l’alcool ».
Sous la violence du choc,
« Il a été éjecté du véhicule au moment de l’impact ».
Comme l’a rapporté l’AFP. Il mourut sur le coup malgré l’intervention des secours.
Les deux policiers municipaux impliqués furent placés en garde à vue samedi sur décision du parquet de Compiègne. Ils furent entendus afin de déterminer les conditions exactes de la prise en charge et le déroulement de la course-poursuite.
Le passager du véhicule, un homme d’une quarantaine d’années, ne souffrit que de légères blessures. Après un examen médical aux urgences, il fut lui aussi placé en garde à vue.
Une enquête pour homicide routier fut ouverte et confiée au commissariat de Compiègne. Dans un premier temps, les enquêteurs pensèrent que la victime décédée était le passager du véhicule. La procureure de Compiègne, Caroline Gaziot, rectifia ensuite cette hypothèse après vérifications. Il fut établi que l’homme éjecté et tué sur le coup était bien le conducteur. Cette inversion des rôles devait entraîner une requalification juridique rapide du dossier par le parquet.
Une procédure devenue systématique mais qui interroge
La garde à vue des deux policiers municipaux n’est pas un aveu de faute. En France, elle est devenue un réflexe procédural dès qu’un décès survient à l’issue d’une intervention, même sans contact entre les véhicules.
L’objectif est double : figer les versions sans concertation possible et vérifier la proportionnalité de l’engagement. Une patrouille municipale doit-elle poursuivre au-delà de sa commune ? À quelle distance ? Avec quels moyens de signalisation ?
Dans ce dossier, deux éléments pèsent lourd. D’abord l’alcool, facteur aggravant qui explique souvent les décisions irrationnelles de fuite. Ensuite la confusion initiale sur qui conduisait, qui a obligé le parquet à revoir toute la qualification. L’homicide routier ne tient plus si le seul responsable de sa mort est le conducteur lui-même.
Reste une question de fond. Les refus d’obtempérer explosent depuis trois ans, avec près de 27 000 cas relevés annuellement. Chaque poursuite est un dilemme : laisser fuir un conducteur potentiellement dangereux ou prendre le risque d’un drame. À Bienville, aucune arme n’a été utilisée. C’est la route, le champ et l’alcool qui ont été fatals. La justice devra dire si la poursuite était réglementaire, pas si elle était moralement opportune.


