MIAMI, 23 août (Le Parisien Matin) – Une vaste zone dépressionnaire située à quelques centaines de kilomètres à l’ouest du Portugal a été placée sous surveillance par le centre américain des ouragans ce dimanche matin. Le système, observé depuis samedi, s’est vu attribuer 20 % de chances de développer des caractéristiques tropicales ou subtropicales avant la nuit. Il a fait route vers la péninsule Ibérique puis vers la France, où son arrivée a été attendue dès lundi.
Ce que dit exactement le bulletin américain
Le National Hurricane Center de Miami a intégré le système à son bulletin de samedi soir. L’organisme l’a décrit comme une dépression déjà structurée mais non tropicale.
Il s’agit pour l’instant d’une « zone de basses pressions non tropicale et puissante », située « plusieurs centaines de milles à l’ouest des côtes du Portugal », a écrit le National Hurricane Center.
Le NHC a estimé que le système,
« pourrait acquérir des caractéristiques subtropicales ou tropicales plus tard aujourd’hui ou dimanche, tandis qu’il se déplace vers l’est-sud-est à 10-15 nœuds en direction du Portugal et du nord-ouest de l’Espagne »
A écrit le National Hurricane Center.
Dans son analyse, l’agence a placé le terme subtropical avant tropical, ce qui a indiqué que le scénario hybride a été jugé le plus probable. La probabilité de 20 % a été maintenue à la fois à 48 heures et à sept jours, ce qui a signifié que l’échéance a été immédiate.

La fenêtre se referme dans la nuit
Ce point a constitué l’information la plus déterminante pour la journée de dimanche. Le développement potentiel a été conditionné à quelques heures seulement.
« l’opportunité de développement tropical ou subtropical devrait prendre fin dimanche soir ».
Aécrit le National Hurricane Center, lorsque le système a rencontré des conditions environnementales défavorables.
La logique a été rappelée : un système tropical s’est nourri de la chaleur de l’océan. Une fois la côte franchie, il a perdu son carburant. Si la bascule n’a pas eu lieu d’ici dimanche soir, elle n’a plus été attendue, et c’est une dépression classique qui a abordé le continent.
L’hypothèse d’une tropicalisation à cette latitude a reposé sur l’état de l’Atlantique. Les températures de surface au large de la péninsule Ibérique ont affiché deux à trois degrés au-dessus des normales saisonnières, ce qui a fourni l’énergie nécessaire au creusement.
Ce contexte s’est inscrit dans un océan mondial exceptionnellement chaud. Le Met Office a annoncé vendredi l’épisode El Niño le plus intense observé depuis le XIXe siècle.
Une réserve a toutefois été émise. El Niño a eu tendance à freiner l’activité cyclonique en Atlantique en renforçant le cisaillement des vents. Aucun lien direct n’a pu être établi entre cet épisode global et ce système précis.
Ce qui a été attendu en France lundi
Les modèles n’ont pas annoncé de tempête tropicale sur la France. Ce qui a été attendu, c’est la remontée d’une masse d’air chaud accompagnée d’orages et d’un vent sensible, sans caractère exceptionnel.
Selon le relevé Selectra du 22 août basé sur le consensus Open-Meteo, le Sud-Ouest a conservé des maximales de 33 à 34 °C lundi, quand la Bretagne est restée sous 26 °C. Biarritz et Toulouse ont affiché 34 et 33 °C, Bordeaux 31 °C, La Rochelle 32 °C.
Lyon a été la ville la plus exposée, avec 8 mm de pluie attendus sur 24 heures et des rafales jusqu’à 65 km/h. Limoges a affiché 3 mm et 61 km/h, Nantes 2 mm et 52 km/h, Paris 1 mm et 37 km/h. Sous orage, les cumuls locaux ont pu largement dépasser ces valeurs.
Les termes ont souvent été confondus. Une dépression tropicale est devenue une tempête tropicale lorsque ses vents moyens ont dépassé 63 km/h, seuil à partir duquel elle a reçu un prénom.
Le stade d’ouragan a été atteint à 118 km/h de vents moyens soutenus. Entre les deux a existé la catégorie subtropicale, hybride entre une dépression classique des latitudes moyennes et un système tropical pur.
C’est ce statut intermédiaire que le NHC a jugé le plus plausible pour ce week-end. Il est resté un cran en dessous de la tempête nommée.

Trois précédents en Europe
Le phénomène est resté rare en Europe, mais il n’a pas été inédit. Trois cas ont servi de référence aux météorologues.
En octobre 2005, l’ouragan Vince est devenu le premier cyclone tropical connu à toucher terre en Espagne, près de Huelva, où il est arrivé affaibli en dépression tropicale.
En octobre 2017, Ophelia, ouragan de catégorie 3 et système majeur le plus oriental jamais observé à l’ère satellitaire, a perdu ses caractéristiques tropicales au large de l’Espagne avant de balayer l’Irlande en tempête extratropicale.
En octobre 2018, Leslie a abordé le Portugal en système post-tropical, avec des vents proches de la force ouragan, avant de traverser l’Espagne puis la France.
Leur point commun a sauté aux yeux : les trois se sont produits en octobre. Qu’un système de ce type s’approche de l’Europe avant la mi-septembre a été considéré comme réellement inhabituel, ce qui a expliqué l’attention portée ce week-end.


