LAS PEÑAS DE RIGLOS, 17 août (Le Parisien Matin) – Le plus important incendie de l’histoire récente de l’Aragon poursuivit sa progression ce lundi 17 août dans la province de Huesca. Déclenché le 10 août dans le secteur escarpé de Las Peñas de Riglos, le brasier ravagea 17 000 hectares de végétation en une semaine.
Le sinistre força l’évacuation de 19 communes et de plus de 1 000 personnes. Il se développa dans un contexte de sécheresse sévère et de températures extrêmes frôlant les 40°C, à quelques encablures de la frontière française.
Le feu parcourut plus de 16 600 hectares dans les premiers jours avant d’atteindre le seuil des 17 000 hectares. Les flammes menacèrent directement le secteur du mont Oroel.
Les conditions météorologiques compliquèrent l’intervention. Des vents violents et imprévisibles attisèrent le foyer pendant plusieurs jours. Une végétation dense et une très faible humidité ambiante alimentèrent la progression.
Après une semaine de lutte, une baisse des températures et de légères précipitations offrirent enfin une accalmie. Les équipes sur le terrain évoquèrent une « nuit favorable » qui permit de consolider les lisières.
Une mobilisation transfrontalière massive
Face à l’ampleur inédite de la catastrophe, une coopération d’urgence s’organisa entre la France et l’Espagne. Le sinistre provoqua le plus grand déploiement de secours jamais enregistré dans la région.
Une centaine de pompiers français luttèrent côte à côte avec leurs homologues espagnols. Les renforts provenaient notamment du Service Départemental d’Incendie et de Secours des Pyrénées-Atlantiques (SDIS 64) et des Pyrénées-Orientales.
Des militaires de la Brigade de la Sécurité Civile (BMSC) furent également déployés sur place. Au total, plus de 1 000 soldats du feu encerclèrent le sinistre.
Le dispositif aérien compta entre 35 et 40 aéronefs de lutte contre les incendies. Des agriculteurs locaux volontaires participèrent à l’effort avec leurs engins pour créer des pare-feux.
L’intervention fut résumée par cette formule relevée sur le terrain :
« On vit une année sans précédent ».
La phrase traduisit l’intensité historique du brasier qui mobilisa la solidarité franco-espagnole.

Un soldat mort et un hommage à Jaca
L’intervention fut marquée par un lourd tribut humain. Un soldat de l’Unité Militaire d’Urgence (UME) espagnole perdit la vie dimanche.
Son camion de pompiers se renversa dans un ravin escarpé alors qu’il était mobilisé sur le feu de Peñas de Riglos. D’après des médias locaux, le véhicule bascula dans un secteur difficile d’accès.
À Jaca, l’une des principales villes proches du sinistre, l’inquiétude resta vive. Plusieurs centaines d’habitants se réunirent devant la mairie pour rendre hommage au militaire décédé.
Une minute de silence poignante fut observée par la foule et par le maire César Serrano. Le rassemblement salua le courage des 1 000 pompiers espagnols et français déployés côte à côte.

Un patrimoine millénaire sauvé in extremis
Le feu s’approcha de manière critique du monastère millénaire de San Juan de la Peña. Le site du Xe siècle, considéré comme le berceau historique du royaume d’Aragon, se retrouva cerné par les flammes.
Face à l’imminence du danger, les autorités procédèrent à une évacuation d’urgence. La Garde Civile et l’Unité Militaire d’Urgence (UME) évacuèrent les restes des premiers rois de la région médiévale.
Les ossements de Ramire Ier et les trésors précieux du monastère furent mis à l’abri. L’opération visait à préserver un symbole majeur de l’Aragon.
En début de semaine, les commandements sur le terrain jugèrent la situation plus stable. L’incendie fut qualifié de « beaucoup plus tranquille » et jugé « sous contrôle ».
Les lisières restèrent cependant sous haute surveillance. Les secours craignirent une reprise immédiate en raison de la densité de la végétation.
Les équipes maintinrent un dispositif important au sol et dans les airs. L’objectif demeura de sécuriser le périmètre des 19 communes évacuées avant tout retour des habitants.
Un tournant pour la coopération pyrénéenne
Ce brasier de Huesca ne relève plus du simple fait divers saisonnier. Il illustre le basculement opérationnel et climatique en cours dans les Pyrénées.
Pendant des décennies, la coopération transfrontalière en matière de sécurité civile resta symbolique : quelques exercices annuels, des échanges de matériel.
À Las Peñas de Riglos, elle devint organique. Voir le SDIS 64 et les pompiers des Pyrénées-Orientales intégrés directement dans la chaîne de commandement espagnole, avec la BMSC et l’UME, marque un précédent. Ce n’est plus de l’entraide, c’est une force mixte.
Le second enseignement est patrimonial. L’évacuation des restes royaux de San Juan de la Peña rappelle que les incendies modernes ne menacent plus seulement des hectares de pinède, mais l’identité historique.
Aucun protocole européen n’avait jusqu’ici prévu le sauvetage de reliques médiévales sous les flammes. L’Aragon vient d’en créer un, dans l’urgence.
Enfin, le bilan humain souligne une limite. La mort d’un militaire de l’UME dans un ravin montre que la technicité des moyens aériens ne supprime pas la dangerosité du combat au sol dans un relief aussi escarpé que Riglos.
Avec des étés à 37°C devenus la norme, la question n’est plus de savoir si un tel feu reviendra, mais où et avec quels moyens conjoints l’Europe choisira de le combattre.


