mercredi, 2 septembre Magazine

TAIPEI, 2 septembre (Le Parisien Matin) – Les entreprises taïwanaises vont investir 20 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis, a annoncé le ministre de l’Économie taïwanais.

Cette enveloppe, portée par l’essor de l’intelligence artificielle, visait à renforcer la production américaine de semi-conducteurs et à apaiser les tensions commerciales avec Washington.

Le ministère a procédé à une nouvelle évaluation depuis le mois de mai pour identifier les sociétés concernées. Il n’a pas précisé ce mercredi quelles entreprises bénéficieraient de cette nouvelle vague d’investissements, outre le fabricant TSMC qui a déjà prévu 265 milliards de dollars d’engagements sur le sol américain.

Les sociétés taïwanaises se fournissent auprès de Washington pour renforcer leur arsenal militaire. Le pays a connu une croissance folle grâce aux semi-conducteurs, devenus le pilier de son économie exportatrice.

Un plan lié à l’intelligence artificielle

Washington avait incité les sociétés taïwanaises à intensifier leurs implantations pour sécuriser l’approvisionnement en puces. Le gouvernement taïwanais a soutenu cette démarche et a validé l’enveloppe de 20 milliards de dollars annoncée ce mercredi.

Le pays a vu son économie dopée par les semi-conducteurs ces dernières années. Le chiffre d’affaires de l’industrie taïwanaise des semi-conducteurs devrait augmenter de 40% cette année, porté par la demande mondiale.

Cette dynamique a été alimentée par l’explosion de la demande liée à l’intelligence artificielle, qui a nécessité des capacités de calcul accrues et des puces toujours plus performantes et économes en énergie.

La position dominante de Taïwan a provoqué des tensions avec son principal soutien international. Les États-Unis demeurent le principal fournisseur d’armes de l’île face aux revendications de souveraineté de la Chine.

Donald Trump a critiqué à plusieurs reprises Taïwan pour avoir « volé » le marché américain des semi-conducteurs. Le gouvernement taïwanais a jugé cette perception injuste, alors qu’il a encouragé ses entreprises à accroître leurs investissements sur le sol américain.

Une production stratégique pour le monde

Taïwan produit la quasi-totalité des puces les plus avancées utilisées dans de nombreux domaines, des smartphones aux voitures électriques. Cette concentration a rendu l’île indispensable à la chaîne d’approvisionnement mondiale.

Le gouvernement a plaidé pour une collaboration renforcée entre les pays afin de sécuriser la production. Le gouvernement a examiné quelles autres entreprises participeraient à cette nouvelle vague d’investissements sur le sol américain.

« Pour continuer à progresser, une collaboration encore plus étroite entre plusieurs pays dans le domaine des semi-conducteurs sera nécessaire ».

A estimé Wu Chih-i, président de l’Association taïwanaise de l’industrie des semiconducteurs.

Selon lui, « aucun pays à lui seul » ne peut dominer la chaîne d’approvisionnement, tant les enjeux en compétence et en cybersécurité deviennent « cruciaux ».

Un chèque stratégique pour acheter de la sécurité

Au-delà du montant, ce sont les ressorts politiques de l’annonce qui comptent. Les 20 milliards supplémentaires ne pèsent pas lourd face aux 265 milliards déjà promis par TSMC pour ses usines en Arizona, mais ils envoient un signal clair à la Maison Blanche : Taipei a compris la grammaire transactionnelle de Donald Trump.

En accusant Taïwan d’avoir « volé » le marché des puces, l’ancien et nouveau locataire de la Maison Blanche a remis au goût du jour une vieille obsession américaine, la désindustrialisation. Pour l’île, l’équation est brutale.

Elle produit plus de 90% des puces les plus avancées au monde, elle affiche 40% de croissance sur le secteur cette année grâce à l’IA, mais elle reste militairement dépendante de Washington face à Pékin. Investir sur le sol américain, c’est convertir une domination technologique qui irrite en un argument de sécurité nationale qui rassure.

La citation de Wu Chih-i révèle aussi la limite du discours américain sur la souveraineté totale. Aucune usine, même en Arizona, ne fonctionne sans les chimistes japonais, les machines lithographiques néerlandaises et les ingénieurs taïwanais. La chaîne des semi-conducteurs est trop complexe, trop chère et trop fragile pour être rapatriée intégralement.

En multipliant les annonces, Taipei ne cherche pas seulement à apaiser Trump. Il ancre physiquement son industrie chez son protecteur, rendant toute prise de distance américaine économiquement coûteuse. C’est de la dissuasion par le silicium.

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