FLAGSTAFF, 31 août (Le Parisien Matin) – Au moins une personne a été tuée et environ quinze autres ont été portées disparues après une crue éclair qui a frappé le Grand Canyon samedi, a annoncé le National Park Service dimanche. La catastrophe a été provoquée par de fortes pluies sur le plateau de Kaibab.
Le corps d’un homme de 46 ans a été récupéré dimanche soir près de Crystal Rapids, le long du fleuve Colorado, dans le nord de l’Arizona. La zone touchée est celle de Bright Angel Canyon et Phantom Ranch, au cœur du parc.
Des vidéos prises par des randonneurs ont montré un torrent d’eau boueuse dévalant les sentiers et passant sous les passerelles, charriant troncs et débris.
Des évacuations par hélicoptère
Le National Park Service a indiqué collaborer avec les autorités de l’Arizona pour évacuer les visiteurs et localiser les disparus. Dimanche matin, 62 personnes avaient été évacuées par hélicoptère depuis Phantom Ranch et la partie basse du North Kaibab Trail.
Le nombre de disparus, d’abord estimé à plus de vingt, a été révisé à environ quinze. Les autorités ont demandé aux randonneurs ayant réservé des campings dans les zones affectées de se signaler.
Le réseau d’eau potable hors service
La crue a provoqué d’importants dégâts aux infrastructures. Elle a détruit des passerelles et bloqué le passage à travers Bright Angel Creek.
Elle a surtout endommagé la Transcanyon Waterline, l’unique conduite d’eau du parc. Longue de 20 kilomètres, elle relie la source de Roaring Springs sur la Rive Nord à la Rive Sud et assure l’eau potable et la protection incendie.
Le parc a imposé des restrictions d’eau et interdit les feux au bois et au charbon.
« Ces mesures sont cruciales pour assurer la sécurité et la durabilité des ressources en eau ».
A déclaré le National Park Service.
Tous les hébergements de nuit, dont le Bright Angel Lodge et l’El Tovar, ont été fermés à partir de lundi. Seules les visites à la journée et le camping sans eau sont restées autorisées.
Alerte maintenue pour de nouveaux orages
La crue a débuté vers 14h30 heure locale samedi, soit 21h30 GMT. Jusqu’à 2,5 centimètres de pluie sont tombés en 20 minutes sur des sols déjà saturés.
Le National Park Service a averti que de nouveaux orages étaient possibles jusqu’à lundi, avec risques de crues supplémentaires, de coulées de boue et de chutes de pierres.
Les crues éclair sont fréquentes dans le nord de l’Arizona, où les sols arides et peu végétalisés absorbent peu l’eau. Le parc a rappelé que la période de juillet à mi-septembre était particulièrement à risque.
Un parc immense, une infrastructure à la limite
Cette crue révèle plus qu’un accident météorologique. Elle expose la fragilité structurelle d’un des parcs les plus visités au monde.
Le Grand Canyon repose sur une artère unique : la Transcanyon Waterline. Une seule canalisation, vieille de plusieurs décennies et régulièrement réparée, alimente en eau potable toute la Rive Sud. Quand elle cède, tout le système s’effondre : lodges fermés, randonneurs sans eau, lutte contre l’incendie compromise. L’incident pose la question d’une redondance qui n’a jamais été construite.
Il y a aussi l’effet ciseau du climat et du tourisme. Le nord de l’Arizona est entré dans une ère d’orages plus brefs et plus violents. Une inch de pluie en 20 minutes sur un sol sec, c’est la recette exacte d’une crue éclair. Or, le parc a accueilli près de cinq millions de visiteurs l’an dernier, dont une majorité en été, en pleine mousson. Plus de monde dans les canyons étroits, au moment précis où le risque est maximal.
Enfin, la gestion de l’alerte montre ses limites. Les passerelles détruites à Bright Angel Creek n’étaient pas de simples commodités, c’étaient des voies d’évacuation.
Leur destruction a transformé des randonneurs en personnes isolées, dépendantes d’hélicoptères. Le National Park Service devra repenser son modèle : moins dépendre d’une infrastructure linéaire en fond de canyon, et imposer des fermetures préventives plus agressives quand le plateau de Kaibab s’assombrit.


