NICOSIE, 30 août (Le Parisien Matin) – Un ferry de croisière parti dimanche 30 août du port de Kyrinia, en République turque de Chypre du Nord, avec 267 personnes à bord a chaviré à 6,5 kilomètres des côtes chypriotes.

L’accident a fait sept morts, 23 personnes restaient portées disparues et 237 ont été secourues selon les autorités locales. Les causes du naufrage n’ont pas été établies.

Bilan officiel et naufrage en profondeur

Le premier ministre de la RTCN, Ünal Üstel, a détaillé le bilan en direct sur la chaîne publique turque TRT.

« Sur les 267 personnes à bord du navire, 237 ont été secourues, sept sont mortes et 23 sont toujours portées disparues ».

A déclaré Ünal Üstel.

Le ferry a ensuite sombré. Le ministre de l’équipement et des transports de la RTCN, Erhan Arikli, a annoncé sur TRT que le navire avait « coulé à une profondeur de 514 mètres ». Le ministère de l’intérieur turc a situé le naufrage à 6,5 kilomètres du littoral.

Témoignage d’une explosion à l’avant

Un passager rescapé, un homme d’une cinquantaine d’années, a évoqué une explosion à l’avant. Interrogé à son arrivée au port, il a affirmé avoir passé « une heure et demie dans l’eau » avant d’être secouru.

Il a décrit la séquence.

« L’avant a explosé, [le bateau] a essayé de faire demi-tour. Et les vitres latérales ont explosé. Le bateau a pris l’eau ».

A-t-il déclaré.

De nombreuses personnes se trouvaient à l’intérieur au moment du drame.

Le témoin a ajouté :

« Ceux qui ont pu ont fui ».

Il se trouvait dans la partie avant qui s’est enfoncée en premier. Il a accusé le capitaine d’avoir sauté le premier sans organiser l’évacuation.

Secours mobilisés par mer

Les opérations de secours ont mobilisé de très nombreuses embarcations, y compris privées, selon les images disponibles. Le bateau apparaissait ballotté et en partie immergé dans une mer formée par beau temps, entouré de débris flottants.

Les passagers évacués, choqués, portaient des gilets de sauvetage orange. A terre, des véhicules de secours et des hélicoptères ont été positionnés.

Le ministère de la santé local a assuré que « Tous les préparatifs nécessaires ont été effectués afin de permettre une intervention rapide des secours et des services de santé ». Il a précisé que « Toutes les mesures ont été prises, tant au port que dans les hôpitaux publics et privés afin de pouvoir répondre rapidement aux besoins éventuels ».

La République turque de Chypre du Nord, reconnue seulement par la Turquie, a proclamé son indépendance en 1983. Cette proclamation est intervenue neuf ans après l’invasion du nord de l’île par l’armée turque, à la suite d’un coup d’Etat soutenu par la Grèce. Elle occupe environ un tiers de Chypre.

Ce que révèle ce naufrage

Ce drame dépasse le simple fait divers maritime. Il met en lumière la fragilité structurelle des liaisons maritimes entre la Turquie et le nord de Chypre.

D’abord, la profondeur à laquelle repose l’épave, 514 mètres, rendra quasiment impossible toute expertise immédiate. Sans boîte noire repêchée et sans examen de la coque, l’hypothèse de l’explosion évoquée par le rescapé restera longtemps invérifiable.

Or cette hypothèse est centrale : une déflagration à l’avant, suivie de l’éclatement des vitres latérales, suggère soit une défaillance mécanique majeure, soit un problème lié à la cargaison ou au carburant, plus qu’une simple voie d’eau due à la météo, d’autant que la mer était formée mais par beau temps.

Ensuite, le témoignage accusant le capitaine de s’être jeté à l’eau sans organiser l’évacuation, s’il se confirme, posera la question de la formation et de la certification des équipages opérant sous pavillon de la RTCN.

Cette entité, isolée diplomatiquement et dépendante d’Ankara pour ses normes maritimes, échappe aux contrôles réguliers de l’Union européenne et de l’Organisation maritime internationale.

Enfin, le recours massif à des embarcations privées pour les secours illustre à la fois une solidarité locale réelle et un manque de moyens étatiques dédiés.

Avec un port comme Kyrinia qui est la porte d’entrée touristique du nord, ce naufrage risque de peser durablement sur l’économie et sur la confiance des voyageurs.

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