JEJU, 28 août (Le Parisien Matin) – Quatre corps de personnes portées disparues depuis plusieurs semaines, voire des mois, furent découverts en trois jours sur l’île sud-coréenne de Jeju, tandis qu’un policier accusé d’avoir classé leurs dossiers sans enquête fut interpellé mercredi par les autorités pour falsification et négligence.
Découverte dans une plantation de palmiers
Surnommée le Hawaï de la Corée, l’île attire plus de 13 millions de visiteurs par an pour ses plages et son eau cristalline. Elle se retrouva au centre d’une affaire criminelle fin août.
Le 24 août, le cadavre de Jang Mi-ran, 37 ans, fut retrouvé dans une plantation de palmiers, à environ un kilomètre de son hébergement. Sa disparition avait été signalée par son petit ami le 15 mai dernier.
Le corps fut identifié grâce à son profil dentaire, son téléphone portable et ses bijoux. Selon la police citée par le Korea Times, il était « en état de décomposition avancé ». L’autopsie ne permit pas de déterminer la cause du décès. La piste d’un suicide par pendaison fut examinée, selon le média local Jeju News.
Des affaires classées sans suite
L’enquête bascula lorsque les autorités s’intéressèrent au traitement de la procédure par un enquêteur local surnommé Bu.
L’agent aurait classé l’affaire Jang quelques heures seulement après le signalement du petit ami. Il enregistra faussement sa mort comme un décès « dû à un accident de la route ».
Il aurait également affirmé à sa famille être entré en contact avec elle, assurant qu’elle était saine et sauve et qu’elle ne souhaitait pas être retrouvée.
Le même scénario aurait été reproduit pour un homme de 60 ans disparu début juillet. Son corps fut découvert le 22 août sur l’île. Deux autres corps de personnes disparues furent retrouvés dans le même intervalle de trois jours, selon la presse sud-coréenne.
Accusé de falsification de documents et de négligence dans l’exercice de ses fonctions, l’agent Bu fut interpellé sur la base d’un mandat d’arrêt.
L’enquêteur Jung Tae-won a déclaré mercredi lors d’une conférence de presse que le mandat avait été « délivré par crainte d’un risque de fuite et de manipulation des preuves ».
Le profil du policier interrogea les enquêteurs. Selon le Korea Herald, il avait déjà fait l’objet en 2023 d’un signalement pour suspicion de violence domestique et d’une enquête pour être entré dans des toilettes pour femmes.
Une procédure disciplinaire interne avait été ouverte à l’époque. Il ne reçut qu’un avertissement, sans aucune autre mesure disciplinaire.
298 dossiers réexaminés
Face au scandale, le gouvernement mit en place une cellule spéciale chargée d’auditer l’intégralité du travail de l’agent mis en cause.
La cellule reçut pour mission « d’examiner rapidement toutes les affaires de disparition dont le prévenu a eu la charge », a expliqué Jung Tae-won.
Selon plusieurs médias sud-coréens, 298 dossiers de disparitions traités par Bu sur une période d’un an et cinq mois sont actuellement étudiés. La police vérifie si d’autres affaires furent classées sans suite de manière irrégulière.
Le scandale provoqua une onde de choc jusqu’au sommet de l’État. Le président sud-coréen Lee Jae Myung ordonna une enquête sur le traitement de la disparition de Jang Mi-ran et demanda à son gouvernement de présenter un plan de réforme de la police nationale.
Mardi, lors d’une réunion du cabinet, Lee Jae Myung affirma :
« Récemment, de vives inquiétudes sont apparues concernant un manque de discipline au sein de la police et de l’irresponsabilité dans la préservation de la sécurité publique ».
Une défaillance qui dépasse le cas individuel
L’affaire de Jeju ne se résume pas à la faute d’un seul agent. Elle révèle une faille structurelle dans la chaîne de traitement des disparitions en Corée du Sud.
Le premier niveau d’alerte fut ignoré : un policier déjà signalé pour violence domestique et intrusion resta en poste sans suivi réel, avec un simple avertissement. La culture de l’impunité interne a permis qu’il conserve la gestion de dossiers sensibles pendant plus d’un an.
Le second niveau est technique. Le système autorisa un classement en quelques heures, avec un motif invérifiable comme un accident de la route, et sans validation croisée obligatoire.
L’absence de contrôle hiérarchique sur les clôtures de dossiers de disparition est au cœur du problème. Quand la parole d’un seul enquêteur suffit à rassurer une famille, le risque de dissimulation devient systémique.
Enfin, le symbole est lourd. Jeju est une vitrine touristique et économique. Le fait que quatre corps restent des semaines dans des plantations, à proximité de zones habitées, interroge la qualité des recherches de terrain et la coordination entre police locale et secours.
La création d’une cellule spéciale sur 298 dossiers est un aveu : ce n’est plus une bavure isolée, mais un audit de confiance.
Si la réforme voulue par la présidence se limite à sanctionner Bu, l’effet sera nul. Si elle impose traçabilité numérique des contacts avec les familles, double signature pour tout classement et réouverture automatique après non-réponse du disparu, alors Jeju pourrait devenir un tournant pour la police sud-coréenne.


