TOULOUSE, 28 août (Le Parisien Matin) – L’académie de Toulouse fut la seule académie de France dont les services informatiques restèrent indisponibles le vendredi 28 août, conséquence de la cyberattaque qui frappa l’Éducation nationale durant l’été. L’ampleur de la paralysie fut détaillée par Karim Benmiloud lors d’une conférence de presse.

Le piratage avait été révélé dès le 31 juillet, puis revendiqué dans une ampleur supérieure à la mi-août. Le ministre Édouard Geffray avait indiqué ce lundi que « tous les services » du pays étaient « actuellement soit rétablis » soit « en cours de rétablissement dans le courant de la semaine » à l’exception de Toulouse « en raison des spécificités » des attaques qu’elle a subies.

Une rentrée inédite sous tension

Karim Benmiloud qualifia la situation d’exceptionnelle. « C’est une rentrée assez inédite », euphémisa Karim Benmiloud.

Dans l’académie, les environnements numériques de travail (ENT), indispensables à la vie scolaire, demeurèrent inaccessibles. La situation fut jugée « chaotique », selon les mots de Pierre Priouret, co-secrétaire général du SNES-FSU de Toulouse.

« Les personnels n’ont accès à aucune application, aucune messagerie et ne peuvent pas communiquer ni entre eux ni avec les parents d’élèves ».

Rapporta Pierre Priouret le 25 août.

Le recteur expliqua ce décalage par le calendrier. « Certaines académies avaient été attaquées plus tôt », précisa Karim Benmiloud, ajoutant que le piratage à Toulouse « a été avéré » le 19 août seulement. « Cela explique que notre système est resté perturbé à l’approche de la rentrée », souligna Karim Benmiloud.

Des missions assurées à la main

Malgré la panne, la rentrée fut maintenue la semaine suivante. Le rectorat assura des priorités en mode dégradé.

Certaines opérations furent effectuées « à la main » sur papier. Elles concernèrent « des dernières affectations de professeurs » pour couvrir « des heures qui ne seraient pas couvertes », notamment « en français et en arts plastiques ».

L’affectation de « certains élèves » sans établissement fut traitée manuellement, indiqua Karim Benmiloud.

D’autres services furent sécurisés via des réseaux isolés. Le paiement des salaires, le versement des bourses et les rattrapages du bac furent maintenus grâce à des postes prêtés par Montpellier. Pronote resta accessible, précisa Karim Benmiloud.

Un calendrier incertain

Interrogé sur le délai de retour à la normale, Karim Benmiloud se montra prudent. « Le ministre avait dit environ deux semaines », rappela Karim Benmiloud. Il fixa comme objectif « d’être prêts pour la rentrée ».

Une plainte fut déposée par l’académie. Des investigations menées par l’ANSSI restèrent en cours.

« Je veux aussi rassurer les élèves et les familles, il pourra y avoir ça et là des petits ajustements de dernière minute, mais évidemment avec de la bienveillance et de l’écoute ».

Insista Karim Benmiloud.

Le 25 août, Édouard Geffray annonça un audit complet mené par l’ANSSI et la généralisation de la double authentification sur 400 applications d’ici début 2027.

Une révision des procédures d’archivage et une « mission flash » sur la sécurité furent annoncées.

Sur les données compromises, le ministre reconnut ne pas disposer d’évaluation précise. « Aujourd’hui, ce que nous sommes capables d’évaluer, c’est un volume global de données. Nous ne savons pas forcément à l’intérieur quel individu, avec certitude, ça concerne », déclara Édouard Geffray.

« Nous avons évidemment une responsabilité que nous ne fuyons pas, qui est celle d’assurer la sécurité des données de nos élèves comme de nos personnels, et nous devons évidemment tout faire pour empêcher que ce phénomène se reproduise ».

Assura Édouard Geffray.

Toulouse, le maillon faible d’un système à bout de souffle

Au-delà du cas toulousain, cette rentrée bricolée révèle une faille bien plus profonde que la simple intrusion informatique. Le fait que la cinquième académie de France bascule en quelques heures vers le papier, les listes manuscrites et les coups de téléphone pour affecter des professeurs dit tout de la dépendance extrême de l’Éducation nationale à un système d’information centralisé, vieillissant et hétérogène.

L’argument de la temporalité avancé par le rectorat est audible, mais il masque mal une réalité : la résilience n’était pas prévue. Aucun plan B n’existait pour faire fonctionner les ENT localement. L’entraide avec Montpellier, bien que saluée, ressemble à du dépannage artisanal pour une institution qui gère 12 millions d’élèves.

Le cas de Toulouse pose aussi la question de la dette technique. 400 applications nationales, une double authentification promise seulement pour 2027, des procédures d’archivage qui conservaient trop de données sensibles : l’audit de l’ANSSI ne fera que confirmer ce que les syndicats dénoncent depuis des années. L’Éducation nationale a numérisé ses processus sans jamais sanctuariser sa sécurité.

Enfin, le flou persistant sur les données volées est le point le plus inquiétant. Ne pas savoir qui est concerné, c’est s’exposer à des mois d’incertitude pour des familles et des agents dont les identités, adresses et parcours scolaires circulent peut-être déjà. La rentrée aura bien lieu, mais la confiance, elle, mettra bien plus de deux semaines à se rétablir.

Partager.