PARIS, 13 juin (Le Parisien Matin) – L’organisme de surveillance cybernétique français, Viginum, a publié un rapport accablant mettant en cause une société israélienne dans des opérations de manipulation numérique.
Les autorités françaises accusent la firme de renseignement privé BlackCore d’avoir orchestré une campagne de désinformation en créant de toutes pièces une fausse organisation caritative destinée à tromper les soutiens de la cause palestinienne.
Le mécanisme de la manipulation
L’organisation, baptisée « Sadaqah Palestine », se présentait officiellement comme une structure humanitaire dédiée à l’aide aux populations civiles à Gaza. Sous couvert d’une mission de solidarité, le site web sollicitait des dons tout en diffusant des contenus sur la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne.
Cependant, les experts de Viginum ont démontré que cette vitrine n’était qu’un paravent. Les investigations techniques ont permis de retracer l’hébergement du site web et les noms de domaines utilisés jusqu’à des serveurs directement affiliés à la société BlackCore. L’analyse des réseaux sociaux a révélé une amplification artificielle des messages via un réseau de comptes automatisés. Ces derniers n’hésitaient pas à cibler des personnalités politiques, comme le Premier ministre écossais John Swinney, en raison de ses critiques virulentes contre les opérations militaires israéliennes à Gaza.
Une ingérence à échelle internationale
Si le cas de cette fausse association illustre une méthode précise, le rapport indique que ces activités s’inscrivent dans une stratégie plus globale. La société BlackCore, qui se définissait auparavant comme une structure spécialisée dans l’influence et la guerre de l’information, aurait étendu son influence bien au-delà des frontières françaises.
Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi aux côtés du Premier ministre, le directeur de Viginum, Marc-Antoine Brillant, a souligné l’ampleur internationale du phénomène.
« Ce modus operandi ne se limitait pas aux élections municipales en France », a déclaré Marc-Antoine Brillant,avant de préciser que ces techniques ont été déployées pour des opérations d’ingérence numérique en Angola, au Togo, ainsi que lors des élections en Écosse et du scrutin municipal de New York en 2025.
Des liens avec le secteur cyber israélien
Les investigations ont permis de lier BlackCore à un écosystème complexe d’entreprises cybernétiques israéliennes. Viginum pointe notamment des connexions avec Yigal Unna, ancien chef de la cybersécurité israélienne, issu de la célèbre Unité 8200. Aujourd’hui à la tête d’une société de conseil, il superviserait l’incubation de plusieurs startups spécialisées dans le domaine cyber.
Cette affaire intervient dans un contexte de méfiance accrue envers certaines officines israéliennes impliquées dans des scandales politiques en Europe. La société Blackcube a également été citée pour son rôle supposé dans une campagne de dénigrement visant l’ancien Premier ministre slovène Robert Golob, connu pour ses positions pro-palestiniennes. Ces différentes enquêtes confirment une surveillance renforcée des autorités européennes face à des opérations d’influence étrangère qui cherchent à altérer les processus démocratiques et à manipuler le débat public à travers des structures opaques.


