PARIS, 11 juin (Le Parisien Matin) – La société israélienne BlackCore se retrouve au cœur d’un scandale international d’une ampleur inédite. Selon Marc-Antoine Brillant, chef du service français de détection des manipulations de l’information Viginum, cette firme privée est soupçonnée d’avoir orchestré des campagnes d’ingérence numérique non seulement en France, mais également lors d’élections à New York et en Écosse, tout en menant des activités en Angola et au Togo.
Une menace globale sur les processus électoraux
Les révélations font suite à une enquête conjointe menée par les quotidiens Libération et Haaretz. En analysant l’empreinte numérique de BlackCore, les journalistes ont mis en lumière un véritable arsenal dédié aux opérations d’influence. Le système utilisait des serveurs répartis à travers plusieurs pays, notamment la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Finlande et la Lituanie, pour dissimuler ses activités malveillantes.
Le chef de Viginum a précisé lors d’une intervention jeudi que les agissements de la structure ne se limitaient pas aux frontières françaises. Il a déclaré :
« Ce modus operandi a été utilisé pour mener des opérations d’ingérence numérique étrangères dans d’autres pays ou régions, tels que l’Angola, le Togo, les élections en Écosse et l’élection municipale de 2025 à New York. »
Le précédent des élections municipales en France
En France, BlackCore a été identifiée comme l’opérateur présumé d’une campagne de désinformation ayant ciblé des candidats de gauche lors des élections municipales de mars 2026. La stratégie déployée était particulièrement agressive, s’appuyant sur des profils de réseaux sociaux factices, des sites web trompeurs et des publicités locales destinées à discréditer des figures politiques du parti La France Insoumise à Marseille et Toulouse.
Face à ces éléments, la justice française a ouvert deux enquêtes distinctes. L’une est menée par le parquet de Paris, tandis que l’autre est confiée aux services de renseignement intérieur, qui tentent d’identifier les donneurs d’ordre derrière ces opérations de déstabilisation.

Des tactiques de manipulation sophistiquées
L’expertise technique révélée par les autorités françaises montre une capacité de BlackCore à créer une armée d’avatars numériques pour amplifier des messages politiques ou discréditer des adversaires. L’organisation a notamment été liée à la création d’une fausse association caritative baptisée Sadaqah Palestine. Cet outil servait à cartographier, infiltrer et perturber les réseaux militants pro-palestiniens en utilisant des abonnés fictifs et des budgets publicitaires dédiés.
La dimension internationale du dossier s’étend jusqu’aux États-Unis. À New York, l’élection municipale de 2025 aurait été visée par ces méthodes, bien que les candidats spécifiques ciblés par la firme israélienne n’aient pas été explicitement nommés par les autorités françaises. Parallèlement, en Écosse, les réseaux liés à BlackCore auraient visé le Premier ministre John Swinney, connu pour ses critiques acerbes contre les actions militaires menées à Gaza.
Le silence radio de la société incriminée
Face aux accusations, BlackCore a adopté une posture de retrait complet. La société, qui se présentait auparavant comme une entreprise d’élite spécialisée dans l’influence, la cybersécurité et la technologie destinée à la guerre de l’information, a désactivé l’intégralité de son site internet et de ses réseaux professionnels. Aucune réponse n’a été apportée aux diverses sollicitations des médias.
De son côté, le ministère israélien des Affaires étrangères a affirmé ne pas avoir connaissance des activités de cette entité privée. À ce stade, les enquêteurs parisiens soulignent qu’aucune preuve directe ne permet d’établir une implication officielle de l’État israélien dans le financement ou la direction de BlackCore. L’enquête se concentre désormais sur l’identification des sources de financement privées qui ont permis le déploiement de ces outils d’ingérence à travers le monde.


