LYON, 11 juin (Le Parisien Matin) – Un garde du corps de 39 ans est jugé pour viol aggravé. Il est accusé d’avoir drogué, violé et filmé sa compagne de longue date, tout en entretenant des contacts étroits avec Dominique Pelicot, l’homme au cœur du procès Mazan, qui a fait jurisprudence.
Des faits découverts après l’affaire Pelicot
L’enquête a débuté suite à l’exploitation des communications de Dominique Pelicot en 2020. Les autorités ont découvert des échanges entre le garde du corps et le violeur en série, condamné pour avoir drogué son épouse durant près d’une décennie. Le mis en cause aurait cherché à bénéficier de l’expérience de Pelicot concernant la soumission chimique.
Le suspect, arrêté en 2023, avait dissimulé un coffre-fort contenant des sédatifs puissants au sein de leur domicile. Les investigations ont révélé que la victime souffrait depuis trois ans d’une fatigue extrême, de vertiges et de pertes de connaissance, sans comprendre l’origine de son état. Un carnet de bord méticuleux, saisi par les enquêteurs, détaille les doses administrées et les réactions physiologiques de la compagne, ruinant la thèse d’actes spontanés.
Une défense basée sur le consentement
Lors de son arrestation, le prévenu avait initialement reconnu les faits. Il a depuis rétracté ses aveux, plaidant désormais pour des jeux sexuels consensuels. Son avocat, Maître Gabriel Versini-Bullara, conteste toute filiation idéologique avec Dominique Pelicot :
« L’investigation a établi que le garde du corps avait des contacts avec Pelicot, mais cela ne signifie pas qu’il a été un disciple de Pelicot. »
La cour doit désormais déterminer le degré d’implication réelle du suspect et l’influence des conseils prodigués par Pelicot. Les magistrats instructeurs soulignent, quant à eux, la préméditation des actes. Ils rappellent que la sédation profonde infligée à la victime « excluait toute forme de consentement ».
Un enjeu judiciaire pour la France
Ce procès intervient dans un contexte national marqué par une prise de conscience accrue sur la soumission chimique. Depuis le procès de Mazan, la question du consentement dans le droit français est au cœur des débats sociétaux et juridiques. Le cas présent illustre la persistance de réseaux numériques où des méthodes criminelles sont partagées.
Le garde du corps devra également répondre de la détention et de la diffusion d’images pédopornographiques, des charges qu’il a reconnues. Les vidéos retrouvées dans son matériel informatique montrent le suspect interrompant ses agressions dès que la victime reprenait conscience, un élément qui contredit frontalement sa version d’un jeu consenti.
« Il n’est pas pour nous d’avoir honte, c’est pour eux », avait déclaré Gisèle Pelicot, dont le courage a permis de libérer la parole et de sensibiliser le monde aux dangers de la drogue utilisée à des fins de viol.
Le verdict de ce procès, qui se clôturera ce vendredi, est attendu avec une vigilance particulière par les associations féministes. Il représente un test supplémentaire pour la justice française dans sa volonté de condamner fermement les auteurs de soumission chimique.


