PARIS, 18 juillet (Le Parisien Matin) – La Grande Mosquée de Paris célèbre cette année son centenaire, marquant un siècle d’existence au cœur du Quartier latin. Érigée initialement pour honorer la mémoire des soldats musulmans ayant combattu pour la France durant la Première Guerre mondiale, cette institution est devenue un pilier incontournable de la capitale.
En ce moment de commémoration, les fidèles et les visiteurs réfléchissent à l’héritage de cet édifice, symbole de la diversité française et carrefour des cultures.
L’histoire de la Grande Mosquée de Paris est intimement liée au sacrifice des combattants venus des colonies françaises. Les autorités françaises souhaitaient alors rendre hommage au sang versé dans les tranchées de Verdun et sur les autres fronts européens. La structure, inspirée par l’architecture hispano-moresque de l’Alhambra de Grenade, se distingue par son minaret de 33 mètres surplombant la Seine. Aujourd’hui, ce lieu n’est pas seulement un espace de prière, mais une attraction touristique majeure.
Les visiteurs y découvrent une salle de prière richement décorée, des jardins luxuriants et un hammam traditionnel. Le site est devenu, au fil des décennies, un trait d’union entre les populations issues de l’immigration et la société française dans son ensemble. Pour de nombreux arrivants, à l’image d’Ibrahima Seye, arrivé du Sénégal, cet espace a représenté l’un des premiers points d’ancrage en France. La mosquée demeure un lieu d’accueil permanent, apprécié tant par les fidèles que par les curieux du monde entier.
Au-delà de son architecture, la mosquée porte une histoire humaine profonde. Durant l’Occupation nazie, elle fut un refuge discret pour ceux qui étaient persécutés. Sous la direction de l’imam Abdelkader Mesli, l’institution a activement participé au sauvetage de familles juives et de résistants. Des documents d’identité musulmans étaient parfois fournis pour faciliter leur protection face à la Gestapo. Ces actes de courage, documentés par la découverte de carnets familiaux en 2015, soulignent le rôle humanitaire joué par l’institution durant les heures les plus sombres du vingtième siècle.
Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz, rappelle que l’ambition initiale de l’édifice visait à renforcer la cohésion nationale.
« Il est de la responsabilité de chacun de considérer les musulmans comme faisant partie intégrante de la communauté nationale »
A déclaré le recteur. Malgré ce message de concorde, la réalité actuelle demeure marquée par des tensions complexes.
Le recteur exprime régulièrement son inquiétude face à la montée des actes antimusulmans et à la polarisation politique qui traverse le pays.
L’Islam est aujourd’hui la deuxième religion de France, une nation qui compte la plus importante population musulmane d’Europe occidentale. Cependant, cette intégration reste parfois difficile, alimentée par des malentendus et une stigmatisation persistante après les attentats terroristes survenus ces dernières années. Alors que la campagne pour l’élection présidentielle approche, le climat politique met régulièrement l’Islam et l’immigration au centre des débats, créant une pression supplémentaire sur les citoyens musulmans.
Pour les bénévoles et les fidèles qui fréquentent la mosquée, ces célébrations du centenaire sont l’occasion de réaffirmer un message de solidarité. Fatma Chouchane, volontaire au sein de l’institution, souligne l’importance du respect des choix individuels et religieux dans la sphère publique. Malgré les restrictions entourant le port du voile dans certains contextes, elle appelle à la sérénité et à la cohabitation pacifique.
Le centenaire ne constitue pas seulement une célébration du passé, mais un appel à la réflexion sur la place des musulmans en France. Entre l’héritage historique des soldats coloniaux et les aspirations des générations nées sur le sol français, la Grande Mosquée continue d’incarner une diversité qui, selon les mots du recteur, doit servir à renforcer la nation. À travers ses arcades, ses mosaïques et ses prières quotidiennes, elle reste un témoin vivant de l’histoire de la France.


