GENÈVE, 27 juillet (Le Parisien Matin) – C’est depuis le Brésil, où s’est ouverte lundi la Conférence internationale sur le sida, que l’ONUSIDA a lancé son avertissement le plus sombre depuis des années.
L’organisation prévient que la planète fait face à un risque concret de résurgence de l’épidémie de VIH après une chute brutale des financements mondiaux.
Un financement au plus bas depuis vingt ans
Selon le rapport spécial de 60 pages dévoilé à cette occasion, l’aide internationale a plongé de 18 % pour tomber à 7,3 milliards de dollars, son niveau le plus faible depuis près de vingt ans.
Si certains États ont tenté de compenser en augmentant leurs dépenses nationales, le bilan global reste négatif avec un recul de 6 % de l’ensemble des ressources disponibles.
Une tendance qui menace directement des avancées qui avaient permis de faire reculer les nouvelles infections et les décès liés au sida à leur plus bas niveau depuis plus de trente ans.
Dans son rapport, l’agence onusienne résume la situation ainsi :
« La communauté internationale est entrée dans une période de profonds bouleversements politiques et financiers qui menace des décennies de progrès durement acquis contre le VIH ».
L’Afrique subsaharienne en première ligne
Les conséquences sont déjà visibles sur le terrain. L’Afrique subsaharienne, qui concentre à elle seule près de la moitié des nouvelles contaminations dans le monde, paie le plus lourd tribut.
Les programmes de prévention, de dépistage et les services communautaires qui touchent les populations les plus exposées sont les premiers à avoir été sacrifiés.
Au Cameroun, au Nigeria et en Zambie, les données nationales montrent un effondrement de plus de 50 % du nombre de personnes bénéficiant de la prophylaxie pré exposition, la PrEP.
Au Ghana, le pays fait face à des ruptures de stocks imminentes de kits de dépistage, paralysant des campagnes essentielles.
Un basculement politique à Washington
Ce décrochage financier s’explique en grande partie par un changement de cap chez les principaux donateurs. Historiquement, les États-Unis assuraient à eux seuls 75 % du financement international de la lutte contre le VIH.
Mais depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, l’aide américaine a connu de fortes turbulences.
Après un gel temporaire de tous les fonds liés au VIH, l’administration a rétabli les programmes vitaux de traitement tout en réduisant drastiquement la plupart des efforts de prévention à l’étranger.
L’objectif de 2030 s’éloigne dangereusement
Le bilan humain reste préoccupant. Quelque 1,2 million de personnes ont contracté le virus l’an dernier.
Pour l’ONUSIDA, cette fragilité retrouvée met en péril l’objectif fixé par les Nations unies de mettre fin au sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030.
Un cap qui, de l’aveu même de l’organisation, n’est déjà plus sur la bonne trajectoire, d’autant que d’autres crises sanitaires comme Ebola viennent compliquer davantage la réponse internationale.


