LONDRES, 5 juillet (Le Parisien Matin) – La Russie a mené une campagne de surveillance aérienne massive et clandestine à travers l’Europe en détournant sa flotte fantôme de pétroliers vieillissants. Selon un rapport publié à Londres par l’Institut international d’études stratégiques (IISS), Moscou a transformé ces navires commerciaux en véritables bases de lancement mobiles pour des drones espions.
En opérant dans les eaux internationales avec leurs transpondeurs désactivés, ces bâtiments ont permis aux services de renseignement militaire russes, le GRU, d’exploiter des failles critiques dans la surveillance des nations membres de l’OTAN.
Une stratégie de surprise maritime
La tactique russe repose sur un principe de surprise maritime ingénieux. Les pétroliers, utilisés habituellement pour contourner les sanctions pétrolières internationales, servent désormais de plateformes de décollage et de récupération pour des drones, notamment des modèles comme l’Orlan-10. En évoluant à basse altitude et à faible vitesse, ces appareils échappent aux systèmes de défense aérienne sophistiqués. Ces derniers sont optimisés pour détecter des missiles rapides et massifs, confondant souvent la signature radar des drones avec celle d’oiseaux ou d’objets isolés.
Cette approche chirurgicale a permis à Moscou de tester la réactivité des alliés tout en restant délibérément sous le seuil d’une réponse armée collective au titre de l’Article 5 du traité de l’Alliance atlantique. Le bilan établi par les experts est sans appel, soulignant la vulnérabilité persistante des infrastructures occidentales face à ce type de menace hybride.
Cibles stratégiques et infrastructures civiles
L’analyse de l’IISS a recensé pas moins de 144 incidents suspects survenus sur une période de 18 mois au-dessus d’une douzaine de pays européens, incluant la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Belgique. Les cibles n’ont rien de fortuit. Des drones ont été observés au-dessus de la base aérienne de Lakenheath, pressentie pour accueillir des armes nucléaires américaines, ainsi qu’à proximité directe de la base navale de l’Île Longue en France.
Les perturbations ont également touché le secteur civil, entraînant des fermetures temporaires d’aéroports majeurs, notamment ceux de Munich, Bruxelles et Copenhague. Le rapport note qu’aucune de ces incursions n’a abouti à l’interception ou à la capture d’un drone par les forces alliées, un constat qui suscite une réelle inquiétude au sein des états-majors européens.
Une faille sécuritaire majeure
Le tournant de cette enquête a été marqué par une opération française. Des commandos ont arraisonné le pétrolier Boracay, soupçonné d’avoir facilité de nombreux survols illégaux au-dessus du Danemark. Ils y ont découvert la présence de mercenaires russes liés à une société militaire privée. Cette saisie a confirmé le lien opérationnel entre la flotte marchande « fantôme » et les activités de renseignement militaire russe.
L’institut de recherche conclut à un échec stratégique pour l’Europe, malgré une exécution tactique réussie pour le Kremlin. Comme le souligne le rapport :
« L’OTAN a été bâtie pour confronter de grandes menaces conventionnelles, mais de petits drones bon marché, volant littéralement et figurativement sous le radar, créent un nouveau défi sécuritaire pour l’Europe. »
Cette campagne visait autant à cartographier les positions radar occidentales qu’à mener une guerre psychologique visant à épuiser les capacités de défense domestiques. En réponse, les pays européens sont désormais contraints d’accélérer radicalement le renforcement de leurs boucliers anti-drones pour espérer contrer ces nouvelles tactiques de déstabilisation permanente.


