GENÈVE, 8 septembre (Le Parisien Matin) – L’Organisation météorologique mondiale a alerté lundi 7 septembre que les incendies de forêt et les vagues de chaleur provoqués par le changement climatique aggravèrent la pollution de l’air.

L’agence onusienne chargée de la météo et du climat a publié son Bulletin annuel sur la qualité de l’air et le climat. Elle a averti que le réchauffement libéra des polluants microscopiques susceptibles de compromettre les efforts internationaux pour améliorer la qualité de l’air.

Les particules fines PM2,5 sont constituées de particules et de gouttelettes de moins de 2,5 micromètres. Elles pénètrent profondément dans les poumons et le système sanguin. Elles sont émises par l’industrie fossile, l’agriculture, le chauffage domestique et les transports, mais aussi par les feux de forêt.

Les feux extrêmes inversent les progrès réalisés en Europe

L’OMM a indiqué dans son communiqué que la tendance s’inversa malgré les réglementations. Elle a déclaré :

« Les feux de forêt extrêmes se multiplient, entraînant d’importantes conséquences sanitaires en raison de la forte toxicité des fumées ».

L’organisation a ajouté :

« Alors que les réglementations en Europe et en Amérique du Nord ont réduit les émissions de PM2,5 industrielles et liées au transport, l’exposition aux PM2,5 provenant des incendies a augmenté ».

Une étude citée dans le Bulletin a montré que les épisodes extrêmes de fumées d’incendies furent multipliés par trois à l’échelle mondiale depuis les années 1990. Ils contribuèrent à près de 100 000 décès supplémentaires par an entre 2010 et 2018, un chiffre potentiellement sous-estimé.

Des fumées bien plus toxiques que les gaz d’échappement

Le réseau Global Atmosphere Watch de l’OMM a souligné le caractère singulier de cette pollution. Lorenzo Labrador a expliqué :

« La qualité de l’air et le changement climatique ne peuvent pas être traités séparément. Si l’un se dégrade, l’autre aussi ».

Lorenzo Labrador a poursuivi :

« Dans les régions où les feux de forêt sont particulièrement intenses, on observe une forte pollution par les particules fines ».

Selon lui, les microparticules issues de la combustion de la végétation sont « bien plus toxiques » que celles émises par d’autres sources, y compris les gaz d’échappement des voitures.

Transportées par le vent, elles atteignirent des populations et une faune éloignées du foyer. Leur toxicité ne fut pas suffisamment prise en compte dans les évaluations. L’OMM a averti :

« Les modèles de risque classiques, basés sur les concentrations totales de PM2,5, peuvent sous-estimer jusqu’à 93 % la mortalité imputable aux incendies de forêt ».

Ozone, carbone noir et microplastiques sous-surveillés

Le rapport a souligné que la surveillance resta insuffisante. L’OMM a indiqué que ces polluants « ne sont pas suffisamment surveillés alors même qu’ils sont très répandus et potentiellement nuisibles pour les écosystèmes ».

L’organisation a réclamé :

« [Nous avons besoin] de politiques complémentaires et coordonnées sur la qualité de l’air et le climat, car ces enjeux ne peuvent être traités séparément ».

L’ozone au niveau du sol constitua une autre menace majeure. Il s’accumula lors des vagues de chaleur en Chine, en Europe et dans le sud-est des États-Unis, quand les températures augmentèrent et que l’air devint stagnant. L’OMM a averti :

« Cette exposition accrue à la pollution par l’ozone pourrait entraîner des dizaines de milliers de décès prématurés supplémentaires, notamment en raison de maladies respiratoires ».

Les aérosols suscitèrent également l’inquiétude. L’OMM a expliqué :

« Un exemple est le dépôt de carbone noir, ou suie, sur la neige et la glace, qui réduit la quantité de lumière solaire réfléchie par ces surfaces et peut, en conséquence, accélérer leur fonte ».

Les microplastiques furent retrouvés partout. Une simulation citée dans le Bulletin a estimé qu’il en existe « 51 millions de tonnes sur les terres et 22 millions de tonnes dans les océans, qui deviennent à leur tour une source de microplastiques pour l’atmosphère ». Le rapport a jugé « crucial » le suivi de leurs trajectoires atmosphériques, alors que « la production de plastique, et surtout la mauvaise gestion des déchets plastiques, ne cesse d’augmenter ».

Carte satellite avec nuages de pollution PM2,5 en rouge sur l'Europe de l'Ouest

 

Un dollar investi rapporte quinze dollars

Un second rapport, publié le 7 septembre par le Programme des Nations unies pour l’environnement et la Coalition pour le climat et l’air pur, a détaillé les bénéfices d’une action conjointe.

Chaque dollar investi dans l’action pour le climat et l’air pur généra un retour de 15 dollars. Ce rendement, supérieur à celui d’un traitement séparé, engloba des bénéfices marchands et non marchands liés à la santé, à la productivité et aux dommages climatiques évités.

Inger Andersen a déclaré :

« Pendant trop longtemps, nous avons considéré l’action climatique comme un coût à gérer et la pollution de l’air comme une conséquence malheureuse du développement ».

Inger Andersen a ajouté :

« Ce rapport montre l’inverse : un air sain est un moteur clé du développement, de la santé, de l’alimentation et de la sécurité énergétique, ainsi que de la stabilité du climat, un atout dans lequel nous devons investir ».

Le rapport a ciblé six secteurs : énergie et systèmes liés aux combustibles fossiles, industrie, transports, agriculture et systèmes alimentaires, cuisson et chauffage résidentiels, gestion des déchets. Il a estimé que 25 mesures permettraient d’ici 2050 de réduire de moitié les émissions mondiales de dioxyde de carbone et d’éviter 144 millions de décès prématurés liés à la pollution de l’air.

Parmi ces mesures figurèrent le développement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les véhicules électriques, des carburants marins à faible teneur en soufre, une utilisation plus efficace des engrais, une meilleure gestion des eaux usées et la réduction progressive des HFC.

Le cercle vicieux qui change la donne pour l’Europe

Ce double rapport ne décrit pas seulement une dégradation. Il décrit un basculement de régime. Jusqu’ici, l’Europe racontait une histoire de progrès linéaire : normes Euro, sortie du charbon, ZFE dans les métropoles.

Les courbes de PM2,5 baissaient. L’OMM vient briser ce récit. La pollution qui augmente désormais n’est plus celle que l’on régule à la sortie d’un pot d’échappement. C’est celle qui vient du ciel, imprévisible, transfrontalière, et que l’on ne filtre pas.

Le point le plus dérangeant est toxicologique. Dire qu’une particule de chêne brûlé est « bien plus toxique » qu’une particule de diesel n’est pas une formule choc.

C’est une remise en cause de vingt ans de modélisation sanitaire. Si la mortalité est sous-estimée de 93% parce que l’on mesure une masse totale de PM2,5 sans distinguer sa source, alors les plans air-climat européens sont calibrés avec un mauvais thermomètre.

On protège les centres-villes des voitures pendant que la fumée d’un incendie au Portugal ou en Grèce fait le travail inverse à 2000 kilomètres.

Il y a aussi un piège climatique. Le carbone noir qui se dépose sur les Alpes et accélère la fonte n’est pas une curiosité arctique. C’est un accélérateur local. Plus de feux, plus de suie, moins d’albédo, plus de chaleur, donc plus de feux. Le même cercle vicieux vaut pour l’ozone : la canicule fabrique l’ozone qui aggrave la canicule sanitaire.

Le rapport PNUE-CCAC apporte la porte de sortie politique. En chiffrant le retour à 15 pour 1, il transforme l’air pur d’une charge réglementaire en investissement productif. C’est malin. Il ne parle plus seulement de sauver des vies, il parle de productivité agricole, de factures d’hôpitaux évitées, de rendements énergétiques. Pour les ministères des Finances, c’est plus audible que l’injonction morale.

Reste la question de l’exécution. Les 25 mesures listées sont connues. La nouveauté est de les lier. On ne peut plus avoir une politique climat d’un côté et une politique qualité de l’air de l’autre. Si l’Europe veut vraiment lutter contre la pollution des feux, elle devra financer la gestion forestière, la surveillance des aérosols et l’adaptation au même titre que les bornes de recharge.

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