PARIS, 24 juin (Le Parisien Matin) – La plateforme d’échange de cryptomonnaies Binance a réaffirmé son intention de maintenir ses activités au sein de l’Union européenne.
Malgré l’échec de sa demande de licence dans le cadre du nouveau régime réglementaire, l’entreprise prévoit de solliciter rapidement une autorisation dans un autre État membre afin de continuer à servir ses millions d’utilisateurs.
La stratégie de maintien en Europe
La situation est critique pour le géant mondial du secteur des crypto-actifs. Avec une échéance fixée au 30 juin, la plateforme dispose de peu de temps pour obtenir le sésame nécessaire à la poursuite de ses opérations sur le sol européen. Sans cette autorisation, elle serait contrainte de procéder à une fermeture ordonnée de ses services dans le bloc.
Gillian Lynch, directrice de Binance pour l’Europe et le Royaume-Uni, a tenu à rassurer les parties prenantes sur la détermination du groupe.
« Binance n’est pas en train de quitter l’Europe », a-t-elle déclaré, tout en reconnaissant que les efforts pour sécuriser une licence en Grèce n’avaient pas abouti comme prévu.
Face à cet obstacle, l’entreprise explore activement d’autres pistes. La direction privilégie désormais des alternatives nationales pour se mettre en conformité avec le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs, connu sous l’acronyme MiCA. Ce cadre législatif impose une autorisation dans au moins un État membre pour permettre aux plateformes d’opérer librement à travers les 27 pays de l’Union.
Des obstacles persistants avec les régulateurs
Le parcours de Binance auprès des autorités nationales s’avère complexe. Des informations concordantes indiquent que des discussions ont été menées avec les régulateurs en Irlande, en Lettonie et en Grèce, sans pour autant aboutir à une issue favorable jusqu’à présent. Ces échanges ont révélé des préoccupations communes chez les officiels concernant le passé juridique de la société.
Les inquiétudes portent notamment sur les sanctions antérieures infligées à Binance pour des défauts de contrôle en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. La structure internationale jugée complexe de l’entreprise, couplée à ce que les autorités considèrent comme une culture de la prise de risque excessive, freine considérablement les processus d’homologation.
Le scrutin des régulateurs se porte également sur la gouvernance de la plateforme. Bien que la direction actuelle assure que le fondateur, Changpeng Zhao, est totalement retiré de la gestion opérationnelle, les autorités européennes restent vigilantes quant à son influence persistante. La conformité aux exigences de transparence MiCA demeure une condition sine qua non pour toute autorisation d’exercer dans le bloc.

L’impact des règles MiCA
Le cadre MiCA, entré en vigueur l’année dernière, modifie radicalement le paysage opérationnel des entreprises de crypto-actifs. Le texte centralise les exigences de conformité et renforce le pouvoir des autorités de régulation pour protéger les investisseurs et prévenir la déstabilisation des marchés financiers.
L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a été claire : les firmes ne disposant pas de licence d’ici la date butoir du 30 juin devront cesser leurs activités dans l’Union européenne de manière ordonnée. Pour Binance, qui revendique plus de 300 millions de clients à l’échelle mondiale, le marché européen représente un enjeu stratégique majeur.
Les statistiques de téléchargement témoignent d’une forte présence de la plateforme en France, en Allemagne et en Espagne. Un retrait forcé ou une interruption de service pourrait engendrer des conséquences significatives pour cette base d’utilisateurs. L’entreprise multiplie donc les initiatives pour démontrer sa bonne foi, notamment par le renforcement de ses effectifs dédiés à la conformité, qui comptent désormais près de 1 500 collaborateurs.
La question du fondateur et de la structure
Les antécédents de Binance aux États-Unis continuent de peser sur ses relations avec les institutions européennes. En 2023, Changpeng Zhao a plaidé coupable de violations des lois anti-blanchiment américaines, menant à un règlement financier record de 4,3 milliards de dollars. Cet épisode, suivi d’une peine d’emprisonnement, reste un point d’attention pour les régulateurs qui examinent la fiabilité de la plateforme.
Malgré ces critiques, les cadres de Binance soutiennent que la société a investi massivement dans ses contrôles internes. Ils affirment n’avoir aucun contentieux en suspens lié directement à leur demande de licence et soulignent que la priorité reste la protection des capitaux des clients. La coordination étroite entre les différents régulateurs européens, notamment en Lettonie, en Irlande et en Grèce, illustre la volonté de ces derniers d’harmoniser leur approche face à ce dossier sensible.
L’incertitude demeure quant à la capacité de la plateforme à obtenir une nouvelle licence dans les délais impartis. Alors que certains concurrents ont déjà réussi à sécuriser leurs autorisations, Binance se trouve dans une course contre la montre pour prouver sa capacité à respecter strictement les normes européennes. L’issue de cette période de transition sera un test déterminant pour la robustesse des nouvelles règles de régulation en Europe.


