RENNES, 18 août (Le Parisien Matin) – Une enquête pour « meurtre sur personne vulnérable » a été ouverte par le parquet après le décès suspect d’une résidente de 82 ans dans un Ehpad, survenu dimanche 16 août. Si la procédure criminelle a été enclenchée, les conclusions de l’autopsie communiquées mardi 18 août ont orienté l’affaire vers une cause naturelle.

La découverte du corps

Le drame s’est produit aux alentours de 23h30 au sein de la maison de retraite Saint-Louis, un établissement situé dans le centre-ville de Rennes.

La victime, une femme de 82 ans décrite comme invalide et non autonome dans ses mouvements, a été découverte en position semi-assise dans son lit par le personnel soignant lors de la ronde de nuit.

L’alerte a été donnée en raison d’un élément jugé inhabituel. L’octogénaire a été retrouvée avec un oreiller posé sur la tête, ou sur le visage selon les premiers constats réalisés sur place.

Contactée après les faits, la Ville de Rennes a précisé que ce décès n’a pas eu lieu dans l’un des six Ehpad gérés par le Centre communal d’action sociale (CCAS).

Une autopsie a été pratiquée dès le lundi. Les médecins légistes n’ont constaté aucun signe d’étouffement ni de strangulation sur le corps de la résidente.

Les examens ont en revanche révélé un élément médical déterminant. Ils ont mis en évidence « l’existence d’une infection interne très grave et des éléments largement en faveur d’une origine naturelle pour expliquer ce décès », a indiqué Jean-Marie Blin.

La communication a été faite mardi 18 août par le procureur adjoint de la République de Rennes. Les conclusions médico-légales ont ainsi été jugées largement en faveur d’une cause naturelle pour expliquer le décès.

Une enquête criminelle maintenue par prudence

Malgré cette orientation, l’hypothèse de l’intervention d’un tiers n’a pas été totalement écartée à ce stade de la procédure.

L’enquête se poursuit dans l’attente des résultats définitifs des analyses anatomo-pathologiques, jugées nécessaires pour lever les dernières zones d’ombre autour de la présence de l’oreiller.

Les investigations ont été confiées aux policiers de la Division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de Rennes. La direction de l’Ehpad et les autorités ont appelé à la plus grande prudence face à cette situation.

Les enquêteurs cherchent désormais à comprendre comment et pourquoi cet oreiller s’est retrouvé sur le visage de la victime.

L’affaire illustre le réflexe judiciaire face à toute mort en institution présentant une mise en scène atypique. À Rennes, l’ouverture pour « meurtre sur personne vulnérable » n’est pas une accusation, c’est un cadre procédural. Il permet de saisir immédiatement la DCOS, de geler les lieux et de justifier une autopsie en urgence.

La qualification est lourde, mais elle est aussi protectrice pour l’établissement. En écartant vite la piste criminelle par l’expertise médicale, le parquet coupe court aux rumeurs.

Le communiqué de Jean-Marie Blin est chirurgical : pas de strangulation, mais une infection interne très grave. Le message est double : l’enquête reste ouverte, mais le corps parle déjà.

Reste l’oreiller. C’est le nœud de l’affaire et ce qui a déclenché l’alerte. Pour une femme décrite comme non autonome, l’hypothèse d’un geste auto-infligé est peu crédible.

Trois scénarios demeurent alors sur la table des enquêteurs : un geste maladroit d’un soignant voulant caler la tête, un acte bienveillant détourné, ou un déplacement post-mortem lié aux soins.

Dans les Ehpad, chaque décès suspect rappelle la fragilité du recueil de preuves. Peu de caméras, des chambres individuelles, un personnel en sous-effectif la nuit.

Les analyses anatomo-pathologiques attendues feront office de juge de paix. Si elles confirment l’infection fulgurante, l’affaire se refermera probablement en non-lieu, mais elle laissera une trace : celle d’un protocole qui a fonctionné.

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