WASHINGTON, 1 juillet (Le Parisien Matin) – L’administration Trump a officiellement refusé de prolonger l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (ACEUM) dans sa forme actuelle. Cette décision, annoncée mercredi, met fin au processus de renouvellement automatique qui aurait dû étendre le pacte pour seize années supplémentaires. En lieu et place, les autorités américaines ont déclenché une clause de temporisation, lançant un compte à rebours de dix ans menant à l’expiration de l’accord en 2036.
Une pression accrue sur les partenaires
La décision intervient après un examen approfondi de six ans mené par Washington. Bien que l’ACEUM demeure pleinement opérationnel, les États-Unis utilisent désormais cette échéance décennale comme un levier pour exiger des réformes structurelles. Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a précisé que les États-Unis ne signeraient pas un renouvellement sans modifications majeures, affirmant que l’administration continuera de dialoguer avec Mexico et Ottawa pour remédier aux lacunes de l’accord et réduire les déficits commerciaux bilatéraux.
Le climat est tendu par le maintien de mesures protectionnistes fortes. Le président Donald Trump a en effet imposé des droits de douane de 25 % sur les automobiles mexicaines et canadiennes, de 50 % sur les métaux et de 10 % sur le bois d’œuvre. Ces tarifs pèsent lourdement sur les relations commerciales entre les trois pays, alors que le volume des échanges de marchandises atteint près de 1,6 billion de dollars par an.
Réalignement du secteur automobile
Au cœur des revendications américaines figure une refonte radicale des règles d’origine pour l’industrie automobile. L’administration exige que les véhicules assemblés en Amérique du Nord contiennent au moins 50 % de contenu spécifiquement américain. Cette mesure vise à faire grimper le seuil régional de pièces locales à 82 %, une exigence qui inquiète les constructeurs internationaux.
Le PDG de Nissan, Ivan Espinosa, a récemment exprimé ses préoccupations face à ces contraintes. Selon lui, la chaîne d’approvisionnement actuelle ne permet pas une production massive uniquement sur le sol américain sans compromettre l’accessibilité financière pour les acheteurs, soulignant la nécessité de solutions réalistes et exécutables pour l’industrie.

Réponses diplomatiques contrastées
Face à cette offensive, les voisins des États-Unis adoptent des postures différentes. Le ministre mexicain de l’Économie, Marcelo Ebrard, a affirmé la volonté de son pays de résoudre les litiges, tout en soulignant l’absence d’urgence immédiate malgré la pression américaine. De son côté, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a tenté de rassurer en rappelant que la porte des négociations reste ouverte.
Le ministre canadien Dominic LeBlanc a confirmé que le Canada poursuivrait les discussions tout en luttant contre les droits de douane sur l’acier, l’aluminium et le bois. La situation complexe du secteur laitier canadien reste également un point de friction majeur, Washington contestant les systèmes de gestion de l’offre en vigueur outre-frontière.
« Nous sommes convenus de l’importance de poursuivre nos discussions et d’identifier des moyens de garantir que les cadres commerciaux et d’investissement entre le Canada, les États-Unis et le Mexique continuent de soutenir la prospérité et la compétitivité nord-américaines », a déclaré Dominic LeBlanc.
Les autorités américaines privilégient désormais les rounds de négociations bilatérales. Une session de travail est prévue à Mexico durant la semaine du 20 juillet. L’objectif avoué est de renforcer la sécurité économique et d’empêcher que des tiers, notamment la Chine, ne profitent des failles de l’ACEUM pour contourner les tarifs douaniers américains en utilisant le Mexique ou le Canada comme base d’exportation.
Pendant que ces discussions techniques se poursuivent, les analystes notent que les parties canadiennes et mexicaines pourraient adopter une stratégie dilatoire, espérant qu’une évolution politique aux États-Unis à moyen terme permette d’assouplir les positions protectionnistes actuelles. En attendant, le compte à rebours de dix ans impose un rythme soutenu à une diplomatie commerciale plus que jamais sous haute surveillance.


