BRUXELLES, 18 juillet (Le Parisien Matin) – Google a officiellement formulé des objections à l’encontre d’une décision contraignante émise par la Commission européenne dans le cadre du Digital Markets Act (DMA). Cette mesure exige que le géant technologique ouvre l’architecture profonde d’Android à ses concurrents et partage des données de recherche sensibles.
La firme américaine affirme que ces injonctions compromettent la confidentialité des utilisateurs, menacent la sécurité des appareils et exposent des secrets commerciaux à des entités tierces.
Un accès profond exigé sur Android
La Commission européenne impose désormais à Google de fournir aux plateformes d’intelligence artificielle concurrentes un accès complet au niveau du système d’exploitation Android. Cette obligation, qui devra être effective d’ici juillet 2027 avec la sortie d’Android 18, concerne des fonctionnalités critiques telles que le microphone, la caméra, la capture d’écran et l’activation vocale. Actuellement, ces accès sont largement réservés à Gemini, l’IA propriétaire de Google, ce qui, selon l’exécutif européen, maintient une domination injuste sur les appareils mobiles.
L’objectif affiché par Bruxelles est de favoriser l’émergence d’alternatives viables aux outils de Google au sein de l’Union européenne. En rendant ces fonctionnalités accessibles, la Commission espère permettre à d’autres développeurs de proposer des assistants vocaux capables d’interagir nativement avec les capteurs et les applications installées sur les smartphones. Toutefois, Google soutient que l’ouverture de ces droits de permission à des applications inconnues risque de fragiliser les mécanismes de protection existants sur les terminaux.
Risques de sécurité et confidentialité
Les inquiétudes de Google se concentrent sur la possibilité que des acteurs malveillants exploitent ces accès privilégiés pour infiltrer les systèmes. Selon des sources internes au groupe, l’octroi de droits d’accès profonds pourrait permettre à des agents d’IA tiers de détourner des données sensibles ou de modifier des paramètres de compte sans le consentement explicite de l’utilisateur. La société estime que cette mesure forcera potentiellement le retrait ou la dégradation de certaines fonctionnalités d’IA en Europe pour prévenir toute vulnérabilité sécuritaire.
« La réalité est que les assistants IA accèdent déjà aux capacités d’Android en toute sécurité, les fabricants de téléphones jouant un rôle clé dans leur évaluation, alors que cette décision menace la sécurité des appareils en accordant aux applications externes des autorisations puissantes sans ces garanties »
A déclaré Kent Walker, président des affaires mondiales chez Google.
Le partage controversé des données de recherche
Outre l’aspect matériel, Google est sommé de partager, dès janvier 2027, des données de requêtes, de clics et de consultation issues de son moteur de recherche. La Commission assure que ces données seront anonymisées par des techniques de généralisation et de suppression des identifiants directs. Le but est de permettre aux moteurs de recherche rivaux d’améliorer leurs propres algorithmes de classement en bénéficiant d’un jeu de données plus vaste, facilitant ainsi une concurrence plus équitable.
Google conteste fermement cette approche, affirmant avoir démontré par des tests techniques que les données dites anonymisées pouvaient être ré-identifiées en moins de deux heures. La firme craint que ces informations ne finissent entre les mains d’entreprises tierces non préparées, exposant ainsi la vie privée des Européens à des risques accrus. L’entreprise avait proposé des méthodes de protection plus strictes, mais ces recommandations n’ont pas été retenues par les régulateurs européens.
Bien que les concurrents comme Ecosia aient salué cette décision comme une avancée majeure pour briser les monopoles numériques, l’avenir du dossier reste incertain. Google conserve la possibilité de contester juridiquement ces injonctions devant les tribunaux européens. Un tel recours ne suspendrait cependant pas les délais de mise en conformité fixés par le DMA. En cas de non-respect de ces directives, le géant de la tech s’expose à des sanctions financières pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires annuel mondial.


