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Moyen-Orient

L’inclusion économique est-elle toujours positive?

Sylvie SchaubPar Sylvie Schaublundi, 18 aoûtMise à jour:lundi, 18 aoûtAucun commentaire5 Min Temps de lecture
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Thouraya Hejazi estime qu'il faudrait augmenter les subventions des ateliers de femmes en Syrie et octroyer 10000 à 12000 dollars américains pour les soutenir économiquement.
Thouraya Hejazi estime qu'il faudrait augmenter les subventions des ateliers de femmes en Syrie et octroyer 10000 à 12000 dollars américains pour les soutenir économiquement.
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Après plus de dix ans de programmes consacrés au « renforcement du rôle des femmes » dans l’économie syrienne, il semblerait que leur rôle soit toujours un peu effacé.

Puisque la France a versé plus de 58 millions d’euros d’aide humanitaire à la Syrie en 2024 – des fonds qui ont financé 35 projets menés par des ONG via le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) et qui ont beaucoup soutenu l’émancipation économique féminine – il serait bon d’examiner la nécessité de soutenir l’inclusion des femmes dans une économie qui ne progresse pas et n’est pas autonome.

En gros, est-il bon d’envoyer nos ressources à l’étranger pour soutenir des consoeurs dans un système fragile si nous ne voyons que peu de résultats concrets?

Deux voix expérimentées ont livré un témoignage lucide : Hassna Barakat, militante civile et directrice de l’Association féminine syrienne à Atareb, et Thouraya Hejazi, consultante économique et spécialiste de l’économie féministe.

« Soutenir les femmes, ce n’est pas seulement offrir des formations »

Pour Hassna Barakat, forte de plus de quatorze années d’expérience dans le nord-ouest de la Syrie, le mot « empowerment », ou émancipation, a souvent été réduit à des actions ponctuelles, déconnectées des réalités locales. C’est sûrement pour cela que les ressources étrangères ne mènent pas à une autonomisation économique des femmes en Syrie.

« L’émancipation économique est un processus intégré, qui crée des revenus durables et garantissent l’autonomie des femmes. Or, pendant longtemps, les interventions ont été improvisées, sans étude sérieuse des besoins ni analyse du marché. »

Elle parle l’explosion de formations standardisées – couture, coiffure, fabrication de bougies ou de savon – sans prendre en compte la capacité réelle d’absorption du marché local. Résultat : des dizaines de femmes formées aux mêmes métiers dans des villages déjà saturés.

« À un moment donné, deux organisations différentes menaient des projets similaires dans le même village, et qui visaient les mêmes bénéficiaires. Certaines femmes suivaient à la fois une formation de coiffure et une formation de confiture artisanale. C’était une utilisation inefficace des ressources, sans impact durable. »

Pour Barakat, il aurait fallu être plus rigoureux. Des études de faisabilité économique, un suivi au-delà de quatre mois et un financement adapté auriaent dû être proposés. Soutenir dix projets bien conçus serait bien plus efficace que de disperser des micro-subventions dérisoires à cent projets voués à l’échec.

De vrais angles morts dans l’inclusion économique des femmes syriennes

Hassna pense que la pression sociale que subissent les femmes en Syrie a aussi empêché qu’elles profitent pleinement des aides accordées.

« Chaque fois que nous parlions de projets portés par des femmes, la phrase revenait : parce que ce sont des femmes, l’effort doit être double. »

Certaines familles refusaient que leurs filles se déplacent seules jusqu’aux centres de formation. Dans certains cas, l’association a dû transférer tout l’équipement directement dans les maisons, ou encore recruter une conductrice de minibus pour rassurer les maris.

Des contraintes qui montrent à quel point la culture patriarcale syrienne se mêle des politiques d’inclusion économique.

Thouraya Hejazi, qui a conçu des programmes de finance inclusive pour des femmes non alphabétisées, dit que la majorité des programmes ont échoué à créer une dynamique durable, car ils se sont concentrés sur des réponses de survie.

« En réalité, nous n’avons pas assisté à un véritable empowerment économique des femmes, mais à un empowerment des femmes cheffes de famille. Les projets ciblaient la vulnérabilité et la précarité, pas la citoyenneté économique. »

Les programmes se seriaent limités à soutenir des « mères nourricières », sans penser aux femmes célibataires, divorcées ou sans enfants. Les aides abondent mais elles ne changent rien aux structures patriarcales qui continuent à priver les femmes de propriété, de mobilité et de droits économiques.

« Jamais ces projets n’ont posé la question : qui détient les ressources ? Qui prend réellement les décisions ? Même lorsqu’une femme obtenait un financement, le mari ou le frère restait souvent celui qui décidait de son usage. »

Pourquoi la France continue-t-elle a soutenir des programmes d’inclusion économique en Syrie?

Les critiques de Barakat et Hezaji pourraient piquer nos lecteurs et les pousser à se poser la question suivante : « Si les femmes syriennes n’apprécient pas nos investissements pour leur émancipation économique, alors pourquoi continuer à donner quoi que ce soit? »

En réalité, la France offre surtout de l’aide humanitaire aux Syriens et les programmes de soutien économique envers ces femmes sont une stratégie un peu superficielle, qui a pour but d’empêcher les flux migratoires vers l’Europe.

Cette vision un peu égoïste du don du pays des droits des hommes le dessert énormément. Depuis 2011, les programmes d’aide vers la Syrie n’ont pas démontré de résultats tangibles. Cela est partiellement dû au détournement de fonds humanitaires du gouvernement syrien, une gestion très légère des ONG locales et surtout un suivi qui laisse à désirer des institutions qui donnent.

Hassna Barakat Syrie
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