« Le Moyen-Orient est un Rubik’s Cube.Chaque fois qu’Israël aligne ses couleurs, l’Iran en mélange deux, la Syrie en perd une, et Washington tente de tout recoller à coups de cessez-le-feu et de conférences. »
C’est la comparaison ludique qu’effectue le Dr Eran Lerman, colonel de réserve et directeur adjoint du Jerusalem Institute for Strategy and Security
Aujourd’hui, le Parisien Matin décrypte l’état réel de la région après les récentes frappes israéliennes et américaines.
Les perspectives israéliennes sur l’Iran, la négociation et le Hamas
Sima Shine, experte israélienne en sécurité, ancienne haut-responsable du Mossad et cheffe du programme Iran au Institute for National Security Studies (INSS) pense que la négociation est impossible tant que l’Iran reste campée sur ses positions. Il est donc normal qu’Israël se tourne vers une préparation militaire d’envergure.
« Au moins, le président Trump avait l’impression qu’ils pouvaient envoyer ces signaux. Il y avait même des discussions sur des pourparlers qui allaient commencer quelque part en Europe, peut-être à Oslo, ce qui n’est pas un lieu très favorable du point de vue israélien.
Mais le guide suprême lui-même semble s’accrocher à sa structure fantasmée de ce qui s’est passé, et je pense que tout Iranien de plus de six ans devrait savoir que c’est une falsification totale de la réalité. Tant qu’il s’y accroche, les portes de la négociation resteront fermées. Et donc, nous devons nous asseoir et, je pense que c’est ce qui se passe, discuter avec les Américains de la possibilité de reprendre des opérations militaires.
Dès qu’il y a des indications des services de renseignement que les Iraniens reprennent leur petit jeu habituel… Je pense qu’une partie de ces discussions a déjà eu lieu à huis clos, une autre partie reste à venir, et une autre relève des élites professionnelles, je n’aime pas dire “État profond”, mais des élites militaires et du renseignement, qui vont travailler là-dessus dans les semaines à venir. Mais la visite elle-même arrive à un moment où la réalité a changé et nous devons traduire ce changement en un cadre stratégique pour l’avenir. » explique-t-elle.
L’implication américaine n’arrive pas par hasard
Pour Jonathan Hessen, rédacteur en chef de TV7 Israel, la Syrie et le Liban sont des pions pour l’Amérique sur cet échiquier géopolitique. Ils servent à contenir la Chine dans son expansion commerciale.
« Il est assez impressionnant qu’Ahmed, ou Mohammad al-Galani – comme vous préférez l’appeler – ait apparemment rencontré le conseiller à la sécurité nationale d’Israël à Abu Dhabi, alors que ce même conseiller assistait aussi à une réunion à Washington DC. Visiblement, certaines personnes peuvent être à deux endroits en même temps.
J’y travaille depuis longtemps, je vous assure. Peut-être qu’en Israël, on a déjà inventé la technologie qui permettrait cela. Mais plaisanteries mises à part, je pense qu’il faut replacer tout cela dans un contexte américain.
Depuis l’arrivée de l’administration Trump, la priorité a été la compétition pour la puissance stratégique, face à la Chine, comme annoncé lors de la rencontre de mars 2021 en Alaska entre le conseiller d’État chinois Wang Yi et Antony Blinken.
Depuis, les États-Unis cherchent à contrer tout effort chinois pour les remplacer, en incluant la Russie et l’Iran comme acteurs secondaires. Ainsi, la Syrie et le Liban ne sont pas des enjeux isolés, mais des zones tampons stratégiques entre leurs deux alliés majeurs dans la région : la Turquie et Israël. »


