PARIS, 27 juillet (Le Parisien Matin) – Les pompiers français et espagnols tentent de profiter d’une brève accalmie météorologique ce lundi pour endiguer des incendies d’une ampleur historique. De la Gironde aux montagnes du centre de l’Espagne, la bataille fait rage contre des flammes qui menacent directement la métropole de Bordeaux et plusieurs provinces ibériques, alors qu’une nouvelle vague de chaleur est annoncée dès mercredi sur l’ensemble de l’Europe de l’Ouest.
Une fenêtre météo décisive avant le retour des 37 degrés
En Gironde, la nuit de dimanche à lundi a offert un léger répit. Le vent est tombé, l’humidité a remonté, permettant aux pompiers de consolider les lignes autour de Marcheprime et Cestas. Mais ce répit est très précaire. Météo-France annonce un retour à 37 degrés à Bordeaux en fin de semaine, avec des sols à sec après un été brûlant sur l’ouest européen.
Le ministre Laurent Nunez a souligné que le feu n’a pas progressé la nuit mais n’est pas maîtrisé. En Espagne, le ministre Fernando Grande-Marlaska juge lundi et mardi cruciaux, car dès mercredi les conditions redeviennent très défavorables aux opérations.

Bordeaux encerclé, 220 000 personnes évacuées
Les incendies qui se sont déclarés la semaine dernière sur la façade atlantique ne sont plus qu’à une quinzaine de kilomètres des portes de la métropole bordelaise. La progression des flammes a conduit les autorités à ordonner l’évacuation d’environ 220 000 personnes en France, entre habitants et touristes présents sur le bassin d’Arcachon et dans les forêts de pins.
À Cestas, l’une des communes en première ligne au sud-ouest de l’agglomération, le maire Jérôme Steffe a décrit un brasier d’une dimension jamais observée auparavant. Le président Emmanuel Macron est attendu sur place dans la journée pour faire le point avec les secours.
Sur le terrain, près de deux mille pompiers, appuyés par des moyens aériens, luttent contre des reprises incessantes attisées par des sols gorgés de résine et une végétation extrêmement sèche. Les panaches de fumée sont visibles à des dizaines de kilomètres et l’odeur de brûlé plane sur le centre-ville.
Le vignoble et le tourisme frappés en plein cœur
Au-delà de l’urgence humaine, le choc économique est déjà considérable. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a qualifié la situation de coup de tonnerre pour un territoire qui n’avait pas besoin de cela, en référence à une région qui concentre une partie majeure de la production viticole française et qui attire chaque été des millions de visiteurs.
Des domaines ont été préventivement évacués, des chais menacés par les cendres et des réservations annulées en cascade sur la côte.
Les autorités locales craignent que les fumées et la dégradation de la qualité de l’air n’affectent durablement la vigne, même si les parcelles les plus prestigieuses restent pour l’heure à l’écart des flammes. Les professionnels du tourisme, déjà éprouvés par des années de sécheresse et de restrictions d’eau, redoutent une saison amputée et des images qui marqueront longtemps les esprits.

En Espagne, des feux extrêmes et un danger hérité de la guerre civile
Plus au sud, l’Espagne affronte une situation tout aussi critique. Environ 100 000 personnes ont reçu l’ordre de quitter leur domicile ou de se confiner dans le centre et l’est du pays. Si la progression des trois grands fronts actifs dans les montagnes au nord-ouest de Madrid, à cheval entre les provinces de Madrid, Tolède et Avila, a légèrement ralenti pendant la nuit, le foyer de Castellon, sur la côte méditerranéenne, reste hors de contrôle.
Les autorités estiment que 77 000 hectares ont déjà brûlé sur le seul secteur central, dont le feu d’Avila, considéré comme le plus vaste de l’histoire récente espagnole. La nature même de ces incendies inquiète les scientifiques. Madrid parle désormais de feux de sixième génération, la catégorie la plus extrême, capable de générer ses propres conditions météorologiques et de dévorer des milliers d’hectares en une heure.
À Vall d’Uixó, dans la province de Castellon, les pompiers font face à un péril supplémentaire. Le sol recèle encore d’anciennes munitions datant de la guerre civile espagnole qui explosent au contact des flammes, selon le chef des pompiers du gouvernement valencien Chevi Bolumar. Une réalité qui oblige les équipes à intervenir à distance et ralentit considérablement l’extinction.
L’urgence climatique et la solidarité européenne à l’épreuve
Les deux pays présentent un bilan thermique anormalement élevé. À Bordeaux comme à Avila, les maximales de juillet tournent autour de 32 degrés en moyenne, soit près de six degrés au-dessus des normales enregistrées entre 1961 et 1990, d’après le suivi climatique de Reuters.
Pour de nombreux experts, cette répétition d’épisodes caniculaires et d’incendies hors norme ne relève plus de l’accident mais traduit une transformation profonde du climat sous l’effet des activités humaines. Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez l’a résumé ainsi dans une prise de parole très commentée ce lundi :
« Ce que nous vivons n’est pas une succession d’événements isolés. C’est l’expression la plus douloureuse d’une urgence climatique qui rend les feux de sixième génération plus féroces, les vagues de chaleur plus fréquentes et notre territoire plus vulnérable. »
Face à l’ampleur de la crise, le mécanisme de protection civile de l’Union européenne a été activé. La Grèce et l’Italie ont chacune dépêché deux Canadair, le Portugal a envoyé plus d’une centaine de militaires avec du matériel, deux appareils supplémentaires sont attendus de Turquie, tandis que la Suisse a mis à disposition de la France deux hélicoptères Super Puma et leurs équipages.


