C’est officiel : Emmanuel Macron et son épouse Brigitte viennent de lancer une offensive judiciaire aux États-Unis contre la podcasteuse et journaliste d’extrême droite Candace Owens.
Owens a prétendu que Première dame de France serait née homme. Ce procès en diffamation, déposé mercredi 23 juillet 2025 devant la Cour supérieure du Delaware nous en dit long sur les limites du débat public.
Alors que le couple présidentiel dénonce une campagne de « harcèlement mondial », Owens riposte en criant à la censure.
Brigitte Macron serait un Premier Homme?
Tout commence avec Becoming Brigitte, une série de huit épisodes diffusée sur YouTube, cumulant plus de 2,3 millions de vues. Dans ce podcast, Candace Owens, forte de ses 6,9 millions d’abonnés sur X et 4,5 millions sur YouTube, affirme que Brigitte Macron, 72 ans, serait née sous le nom de Jean-Michel Trogneux, celui de son frère aîné.
Pire, elle insinue que Brigitte aurait usurpé une identité et serait une femme transgenre et parle d’une relation incestueuse avec Emmanuel Macron.
Des accusations relayées par des posts virulents sur X, où Owens décortique l’apparence, le mariage et l’histoire personnelle des Macron avec une virulence assumée.
Le couple présidentiel contre-attaque
Pour le couple, ces allégations sont des « mensonges vérifiables et dévastateurs », conçus pour « humilier » et « dégrader ».
La plainte détaille comment Owens a transformé leur vie privée en un « récit grotesque » destiné à enflammer son public conservateur. Le document précise que les rumeurs sur le genre de Brigitte ont émergé dès 2021, et sont partagées par des figures comme Tucker Carlson et Joe Rogan, dont les podcasts touchent des millions d’auditeurs aux États-Unis.
Pour les Macron, c’est un « harcèlement à l’échelle mondiale » pour doper la popularité d’Owens.
Les Macron accusent Owens de diffamation, un délit difficile à prouver outre-Atlantique, où la liberté d’expression est protégée par le Premier Amendement.
Contrairement à la France, où les lois sur la diffamation sont strictes, les figures publiques américaines doivent démontrer une « malveillance réelle » : prouver que l’accusateur savait que ses propos étaient faux ou les a diffusés avec un mépris téméraire pour la vérité.
Un seuil juridique élevé, rarement atteint.Pour les Macron, la démarche est claire : Owens a ignoré trois mises en demeure exigeant qu’elle retire ses propos. « Sa campagne de diffamation visait à nous harceler et à faire souffrir nos familles tout en cherchant notoriété et attention », déclarent-ils dans un communiqué commun.
Leur relation serait née lorsque Emmanuel, aujourd’hui 47 ans, était lycéen et Brigitte enseignante, est restée « dans les limites de la loi ». Ce point, souvent scruté par les tabloïds, est défendu avec fermeté pour contrer les accusations d’Owens, qui évoquent une relation moralement contestable.
Candace Owens peut-elle parler librement?
Dans son podcast du 23 juillet 2025, Owens qualifie la plainte de « tissu d’inexactitudes » et d’« opération de relations publiques désespérée » pour salir son image.
Son porte-parole estime que le procès est une tentative d’intimidation, une forme de « lawfare », un concept popularisé aux États-Unis pour désigner l’utilisation abusive du système judiciaire pour museler les opposants.
Ce discours trouve un écho auprès de son public conservateur, qui voit en Owens une journaliste indépendante attaquée par un pouvoir étranger. « C’est un gouvernement étranger qui s’en prend aux droits du Premier Amendement d’une citoyenne américaine », clame son équipe.
Owens affirme n’avoir pas été informée du procès, bien que les avocats des deux parties communiquent depuis janvier 2025. Elle reproche aussi à Brigitte Macron d’avoir refusé ses demandes répétées d’interview, ce qui renforce l’idée d’une volonté de censure.
Ce narratif de « David contre Goliath» – le petit contre le puissant – risque de galvaniser son audience, déjà friande d’histoires sulfureuses.
En France, les Macron ont l’habitude de lois strictes encadrant la presse. En septembre 2024, Brigitte avait remporté un procès à Amiens contre deux femmes, dont une médium autoproclamée, pour des rumeurs similaires sur son genre.
Mais la décision a été annulée en appel en juillet 2025, et l’affaire est désormais devant la Cour de cassation. Aux États-Unis, la donne change. Les tribunaux sont réticents à condamner pour diffamation, surtout quand les propos touchent des figures publiques. Comme le note The New York Times, les Macron risquent de donner plus de visibilité à Owens
De plus, le contexte de leur relation, Emmanuel, lycéen de 15 ans, et Brigitte, enseignante mariée de 40 ans à l’époque, reste choquant, surtout aux États-Unis, où les sensibilités sur les relations perçues comme déviantes sont plus marquées. « Même sans la question transgenre, leur histoire choque une partie du public américain, plus prude », observe un analyste dans The Washington Post.
Ce procès ravive l’attention sur ces détails et nuit à l’image des Macron plus qu’à celle d’Owens.
Le monde politique et ses batailles anti-diffamation
Ce n’est pas la première fois qu’un dirigeant mondial s’engage dans une bataille judiciaire pour diffamation. Donald Trump, par exemple, a poursuivi The Wall Street Journal pour 10 milliards de dollars en 2024. Il accusait le journal de fausses allégations sur un message lié à Jeffrey Epstein.
En décembre 2024, il a aussi obtenu un règlement de 15 millions de dollars d’ABC pour une erreur sur une affaire d’agression sexuelle. Ces cas montrent que les figures publiques cherchent de plus en plus à utiliser les tribunaux pour contrer les récits médiatiques, mais avec des résultats incertains.
Pour les Macron, ce procès intervient dans un contexte politique tendu. À l’approche des municipales de 2026 en France, où Rachida Dati, ministre de la Culture, fait face à ses propres démêlés judiciaires, Emmanuel Macron doit gérer son image.
Pourtant, le couple semble déterminé à ne pas laisser les attaques d’Owens sans réponse, quitte à risquer un effet Streisand, où la tentative de censure amplifie la polémique.
Pour Candace Owens, c’est une opportunité de se poser en victime et de renforcer son aura auprès de son public. Alors que pour les Macron, c’est une tentative de protéger leur dignité face à des accusations qu’ils jugent intolérables. Mais en portant l’affaire sur la scène judiciaire américaine, ils s’exposent à un revers. Comme l’écrit Politico, « les Macron pourraient découvrir que la liberté d’expression à l’américaine est une arène impitoyable ».
À l’heure où la date du procès reste inconnue (Macron et al v Owens et al, Delaware Superior Court, No. N25C-07-194), une chose est sûre : cette bataille a fait verser de l’encre.


