En 2016, Greenpeace International soutenait les opposants au Dakota Access Pipeline, un projet pétrolier colossal porté par le géant Energy Transfer. Neuf ans plus tard, l’addition tombe : une amende record de 660 millions de dollars.
Greenpeace France a donc lancé une campagne de presse et digitale, conçue par l’agence STRIKE, pour alerter le grand public sur cette amende et dénoncer les procédures-bâillons, des outils juridiques utilisés pour faire taire les voix contestataires.
Aujourd’hui, avec le hashtag #TimeToResist, Greenpeace veut protéger la liberté d’expression et le droit de s’opposer aux projets dommageables.
Certains se diront que ce hashtag ne sert à rien. À quoi bon si c’est pour ne pas être entendu? Pourtant, c’est peut-être cette même voix que l’on étouffe ou qu’on tente de faire taire qui, parfois, a envie de se faire entendre.
Certaines se regroupent sous une bannière comme celle de Greenpeace qui depuis longtemps se bat pour protéger l’environnement, la biodiversité et promouvoir la paix. Il suffit d’une étoile pour qu’un ciel sombre soit étoilé, il suffit peut-être d’une voix…
Aujourd’hui, je la donne à Laurence Veyne, directrice du programme Greenpeace France.
Greenpeace, fustigée en France
On vient de commémorer ce 10 juillet les 40 ans de la perte du navire Rainbow Warrior et de la mort du militant et photographe Fernando Pereira, ce funeste souvenir est-il encore une plaie ouverte au sein de Greenpeace?
C’est évidemment un souvenir douloureux pour l’organisation et nous rendons chaque année hommage à Fernando Pereira tué dans cet attentat perpétré par les services secrets français le 10 juillet 1985 contre le navire emblématique de notre organisation. À une époque où de nombreux politiques ne cessent de fustiger les activistes écologistes, les qualifiant même régulièrement d’éco-terroristes, il est bon de se rappeler que Greenpeace a toujours agi de façon non-violente alors le gouvernement français a bel et bien usé de méthode terroriste lors de cet attentat. C’est la raison pour laquelle, à l’occasion de la 40e commémoration de ce drame, nous avons voulu insister sur le lien entre la répression d’hier et d’aujourd’hui et nous rappelons qu’aucune intimidation n’entamera notre détermination à protéger la planète.
Récemment, Greenpeace s’est vu imposer une amende de 660 millions de dollars, pouvez-vous nous en expliquer les circonstances ?
Il s’agit d’une poursuite juridique totalement ahurissante et scandaleuse. Une entreprise pétrolière américaine poursuit depuis plusieurs années deux entités de Greenpeace aux États-Unis et Greenpeace International pour leur soutien à une mobilisation contre la construction d’un oléoduc dans le Dakota du Nord.
En mars dernier, un jury populaire a condamné ces structures de Greenpeace à payer 667 millions de dollars sans qu’aucune preuve sérieuse n’ait été établie. C’est ce qu’on appelle une procédure bâillon, c’est-à-dire une poursuite juridique abusive intentée par des entreprises puissantes contre des personnes ou des organisations pour tenter de les affaiblir en les asphyxiant financièrement. Nous attendons une confirmation de ce verdict et d’ores et déjà, nous avons annoncé que nous ferions appel.
Une campagne pour contrer une amende abusive
Comment cette amende affecte-t-elle les opérations et les initiatives futures de Greenpeace ?
Ce verdict ne fait que renforcer notre détermination à agir. Ni bombes, ni procès ne nous feront taire comme nous aimons le rappeler. Nous avons lancé il y a quelques mois une mobilisation internationale pour dénoncer ce type d’intimidation qui frappe de plus en plus d’organisations et d’activistes. Nous appelons à une résistance massive de la société civile pour défendre nos droits et la planète face au courant ultraconservateur dans nos sociétés, marqué par des reculs historiques en matière de libertés fondamentales, de lutte contre les discriminations et de politiques environnementales. Cette mobilisation nommée TimetoResist dénonce l’alliance dangereusement à l’œuvre entre des grandes fortunes, des industries polluantes et des forces politiques ultraconservatrices dont la poursuite bâillon que nous subissons actuellement est un symbole fort.
Quels sont les principaux objectifs de la campagne « 660 millions, qui va payer pour ça ? »
Cette campagne vise à alerter l’opinion sur le danger que représentent ces procédures bâillons. En tentant d’asphyxier financièrement une organisation comme Greenpeace, mondialement connue pour ses actions de protection de l’environnement, c’est au final la planète qui va payer. A travers ce concept créatif, c’est une dénonciation des attaques que nous subissons et une sensibilisation de l’opinion au risque que pose ce type de procédure juridique pour la liberté d’expression. C’est aussi une invitation à rejoindre le mouvement de résistance TimetoResist que nous avons lancé.
Comment cette campagne lutte-t-elle contre les procédures-bâillons ? Voyez-vous des opportunités pour renforcer la protection juridique des militants environnementaux ?
Nous subissons depuis des années des procédures bâillons dans plusieurs pays. En France, nous avons fait face à une poursuite de TotalEnergies qui contestait les chiffres de notre rapport sur son bilan carbone. Après des mois de procédure, nous avons fini par gagner au tribunal. D’autres procédures lancées par des multinationales pétro gazières ont été lancées dans d’autres pays contre notre organisation. Nous travaillons en France et au niveau européen avec d’autres associations pour lutter contre ces procédures bâillons, nous avions lancé un collectif “Nous ne nous tairons pas” et une directive européenne contre les procédures bâillons a été adoptée au niveau européen en 2024 pour protéger les organisations européennes contre ces procédures proprement scandaleuses. Nous allons continuer à nous mobiliser pour que la transcription de cette directive en droit français permette de mieux nous protéger contre ces attaques qui sont une vraie atteinte aux libertés associatives.
Comment mesurez-vous l’efficacité de cette campagne de communication ?
La campagne va se déployer sur différents canaux, à la fois des annonces presse, mais aussi la diffusion sur nos différents réseaux sociaux. On peut mesurer les retours en termes de retombées médiatiques qu’elle suscite, mais aussi les commentaires et partages qu’on enregistre sous nos publications ou celles des comptes qui les ont relayées. À ce titre, on mesure à la fois l’impact en termes quantitatif, le nombre de personnes touchées mais aussi et surtout l’engagement qu’elle suscite. Les centaines de messages de soutien et de solidarité sont précieux pour nous aider à rester déterminés pour la suite.


