PARIS, 21 juillet (Le Parisien Matin) – Dans ses vingt-cinq années d’expérience, un directeur des pompes funèbres d’Orléans n’avait jamais connu pareille situation lors de la canicule record de fin juin. Caton loua alors cinq conteneurs réfrigérés pour entreposer les corps arrivant à un rythme trois fois supérieur à la normale.
Cinquième génération d’une famille de pompes funèbres, il avait intégré l’entreprise familiale quelques semaines après la canicule meurtrière de 2003, qui provoqua près de 15 000 décès supplémentaires en France. Cette année, les installations orléanaises reçurent quatre dépouilles en provenance de firmes débordées à Paris, distante de deux heures.
« La région parisienne a été extrêmement durement touchée, ils étaient en crise. Et puis cela s’est propagé à nous à Orléans, où nos installations funéraires se sont gravement surpeuplées »
Confia le directeur.
« Cela nous a frappés de plein fouet. »
2 025 décès supplémentaires en une semaine
Pendant cette période, les autorités françaises annoncèrent 2 025 décès en excès. Les températures atteignirent 43,8 degrés Celsius, avec une augmentation des décès de près de 65 % à Paris et de presque 50 % dans la région Centre-Val de Loire.
Ces chiffres préliminaires, basés sur environ 60 % de l’ensemble des décès, devraient s’accroître avec des données plus complètes.
Wildfires et fermetures d’écoles
Les températures exceptionnelles, survenant de plus en plus tôt dans l’année, déclenchirent des incendies sans précédent près de Paris, fermèrent des établissements scolaires et surchargeaient les hôpitaux mal équipés. La chaleur accéléra également la mort de personnes âgées vulnérables vivant dans des habitations étouffantes ou des maisons de retraite.
Un ancien chef de l’agence de santé publique française relata que sa belle-sœur subit une chirurgie cardiaque dans un hôpital parisien de premier plan dépourvu de climatisation. Son frère dut lui apporter un ventilateur.
Leçons non assimilées depuis 2003
François Bourdillon, qui dirigea cet organisme de 2016 à 2019, affirma que le pays avait progressé depuis l’événement de 2003, qui surprit les autorités et amena la création d’un système d’alerte. Ce mécanisme atténue les impacts les plus meurtriers par la prévision, les avertissements publics et les protections destinées aux personnes vulnérables.
Il précisa cependant que les structures défaillantes des villes, hôpitaux, écoles et maisons de retraite restaient non résolues.
« La leçon de 2003 : nous étions aveugles. Nous ne sommes plus aveugles, c’est certain. Nous avons des indicateurs et nous sonnons l’alarme »
Déclara-t-il.
« La leçon de 2026 : eh bien, ce n’est pas suffisant. Nous sommes dans une sorte de dystopie dans laquelle nous pouvons gérer les effets de la canicule, mais nous oublions les problèmes structurels. »
Promesse gouvernementale insuffisante
Le Premier ministre Sébastien Lecornu annonça des centaines de millions d’euros pour climatiser les hôpitaux et les maisons de retraite. Les critiques, dont le parti des Verts qui engagea une tentative de censure sur sa gestion de l’événement, jugèrent cette somme inadéquate.
L’État se trouvait pris entre l’investissement dans l’adaptation climatique et la réduction du déficit, tout en maintenant les objectifs de dépenses en défense.
Déficit de climatisation généralisé
Un sondage du ministère français de la Santé, publié l’année précédente, révéla que 41 % des près de 3 000 établissements de soins pour personnes âgées interrogés manquaient d’espace collectif climatisé. Moins de 10 % disposaient de climatisation dans les chambres des résidents.
Refroidissement des résidents par moyens artisanaux
Dans une maison de retraite locale ce mois-ci, le personnel rassembla les résidents en fauteuil roulant dans la salle de télévision, unique zone disposant de climatisation. Des draps blancs pendaient aux fenêtres des couloirs pour atténuer les rayons solaires.
Les pensionnaires furent maintenus au frais à l’aide de serviettes mouillées et de brumisateurs d’eau, bien que certains durent recevoir des perfusions. La majorité passa ses journées dans la salle climatisée, quoique d’autres refusèrent de quitter leurs chambres.
Prévisions météorologiques déprimantes
L’infirmière en chef de cet établissement déclara :
« Je ne regarde plus la météo. Cela me déprime. »
Elle souligna le besoin urgent d’investissements frais dans le personnel et les installations.
« Mais pour l’instant, rien ne bouge, et je ne suis pas sûre que cela le sera. Les personnes âgées ne comptent pas pour nos politiciens »
Conclut-elle.
Décès massifs au domicile
Les données préliminaires manquaient de détail concernant les décès à domicile, catégorie ayant augmenté de plus de 91 % entre le 22 et le 28 juin. Pour les pompes funèbres locales, ces décès constituaient habituellement 25 % des services, mais dépassirent 80 % durant la canicule.
« Ils n’étaient pas nécessairement des gens complètement prêts à mourir ou dont la mort était attendue »
expliqua le directeur orléanais.
L’établissement reçut les dépouilles de personnes décédées seules à leur domicile depuis plus de quinze jours, aucun contrôle n’ayant été effectué.
« Elles meurent dans l’anonymat total »
Confia celui-ci.


