PARIS, 20 août (Le Parisien Matin) – Le député Rassemblement national des Bouches-du-Rhône Franck Allisio a maintenu sur le plateau du 8.30 franceinfo la volonté de son parti de supprimer des agences publiques jugées inefficaces, alors que la France affrontait son plus vaste incendie recensé depuis 1949 en Gironde, avec 42 000 hectares brûlés dans le nord du bassin d’Arcachon.

L’élu a défendu une ligne budgétaire assumée en pleine crise climatique. Il a déclaré :

« Nous sommes pour la suppression de toutes les agences qui coûtent beaucoup plus que ce qu’elles rapportent, même en termes d’efficacité ».

Une position réaffirmée alors que plusieurs régions françaises furent ravagées par les feux cet été.

Un chiffrage à 8 milliards d’économies

Le parti chiffra son projet de réforme de l’Etat. Franck Allisio a justifié :

« Toutes ces agences cumulées, c’est 80 milliards. Sur ces 80 milliards, nous proposons de faire une économie de 8 milliards ».

Le député estima que les missions de ces structures devaient être transférées aux collectivités territoriales. Il a affirmé :

« Nous sommes pour que ces missions soient opérées par les départements, par les communes ».

Sur la question de la prévention des incendies, il a mis en avant le rôle des acteurs locaux. Il a soutenu :

« La prévention est déjà faite par des volontaires, des bénévoles qui se sont engagés et qui sont gérés par la région ».

L’Agence de la transition écologique et l’Office français de la biodiversité furent nommément visés. Franck Allisio a assumé :

« L’Ademe fait partie des agences qui doivent faire profondément des économies, voire être supprimées ».

Il a ajouté :

« L’Ademe est coûteuse »

et

« Cet argent peut être redistribué directement sans passer par l’agence ».

L’agence conduisit de nombreuses politiques publiques de sortie des énergies fossiles.

Pourtant, son budget s’éleva à 1,3 milliard d’euros, dont 90 % furent reversés en aides ou subventions aux collectivités, aux entreprises et aux particuliers. Le budget annuel de fonctionnement avoisina 136 millions d’euros. A Marseille, elle participa au financement de la dépollution des calanques et de la centrale de géothermie marine Thassalia.

L’OFB fut également ciblé par un autre élu du parti. Le député de la Somme Matthias Renault déposa des amendements pour supprimer ou vider de ses compétences l’office, qu’il qualifia d’« une dérive bureaucratique et punitive de la politique écologique qui harcèle les agriculteurs par des contrôles absurdes et humiliants ».

Le député Franck Allisio en costume sombre s'exprimant sur le plateau de franceinfo devant un fond bleu

Le choix de renforcer la sécurité civile

Le RN plaida pour un transfert direct des crédits vers les moyens opérationnels. L’an dernier à l’Assemblée nationale, le parti demanda « 700 millions de plus pour les Sdis [les services départementaux d’incendie et de secours], donc quasiment doubler le budget », a rappelé Franck Allisio.

La formation défendit le renforcement des capacités matérielles des sapeurs-pompiers et de la flotte de bombardiers d’eau. Elle dénonça une inflation normative qui paralysa l’entretien des massifs forestiers.

Les déclarations déclenchèrent de vives réactions à gauche et dans la majorité. Des parlementaires accusèrent le RN d’hypocrisie et rappelèrent que le parti vota contre ou s’abstint lors de budgets visant à recruter des pompiers et revaloriser leurs salaires.

Les défenseurs de l’environnement soulignèrent que l’OFB et l’Ademe organisèrent des patrouilles de surveillance des massifs et déployèrent des actions de prévention. L’OFB géra notamment des polices de l’environnement qui surveillèrent l’application des obligations légales de débroussaillement, cruciales pour stopper la progression des flammes.

Des audits de l’Inspection générale des Finances démontrèrent que ces structures furent globalement bien gérées et indispensables pour anticiper un coût financier futur dix fois supérieur lié au dérèglement climatique.

Une stratégie à double tranchant

L’analyse politique de cette séquence révèle plus qu’une simple ligne budgétaire. Le Rassemblement national joue une carte connue : celle de l’Etat resserré contre le millefeuille administratif.

En ciblant l’Ademe et l’OFB en plein été d’incendies, le parti prend un risque calculé. Il s’adresse à son électorat rural, sensible au discours anti-bureaucratique, et notamment aux agriculteurs qui voient dans l’OFB un gendarme des champs. C’est une attaque frontale contre l’écologie punitive, concept qui fonctionne dans les urnes.

Mais le timing expose une faille dans le récit. Au moment où l’opinion publique réclame plus de prévention, supprimer les agences qui incarnent la prévention apparaît contre-intuitif.

L’argument des 80 milliards est un chiffre massue, mais il agrège des dizaines de structures très différentes. L’économie de 8 milliards promise reste théorique tant que le transfert de missions vers les communes et départements, déjà exsangues, n’est pas chiffré.

Au fond, le RN tente de résoudre une équation impossible : paraître gestionnaire sérieux capable de faire des économies, tout en paraissant protecteur des pompiers.

C’est le grand écart entre la suppression froide d’agences et l’image chaleureuse des Sdis doublés. L’incendie de Gironde agit ici comme un révélateur. Il oblige le parti à défendre une écologie sans l’écologisme, une gestion du climat sans ses institutions.

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