ANKARA, 18 juillet (Le Parisien Matin) – La Turquie a rejeté le document « Une vision commune : les menaces et les défis auxquels nous sommes confrontés : évaluation du contexte stratégique de l’UE » publié par l’Union européenne, accusant Bruxelles d’adopter une position biaisée sur la Méditerranée orientale et Chypre tout en ignorant son statut de pays candidat à l’adhésion.
Le texte européen présentait la coopération avec Ankara comme stratégiquement importante, mais rappelait aussi le respect de la souveraineté territoriale des États membres, notamment la Grèce et Chypre, ainsi que la protection de leurs frontières maritimes et de leurs intérêts économiques.
L’UE rappelle sa position sur Chypre
Le document réaffirmait le soutien du bloc aux cadres juridiques internationaux relatifs au différend chypriote. Il estimait que les actions unilatérales dans les eaux contestées affaiblissaient les efforts de confiance et compliquaient les tentatives de règlement en Méditerranée orientale.
Les autorités turques ont rejeté ces conclusions.
Ankara critique le document européen
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Öncü Keçeli, a qualifié les références au pays de
« dépourvues d’une approche stratégique et équitable ».
Il a affirmé que l’évaluation ne reconnaissait pas le statut officiel de candidat à l’adhésion et témoignait de l’incapacité de l’Union à développer une vision commune de l’avenir.
Le responsable a également accusé le bloc de reprendre des « allégations sans fondement » concernant la Méditerranée orientale et d’adopter une position entièrement alignée sur la Grèce et la République de Chypre.
Référence au sommet de l’OTAN
Selon le ministère, la publication du document visait à éclipser le rôle croissant joué par le pays au sein de l’OTAN après le récent sommet organisé dans la capitale turque.
Öncü Keçeli a déclaré que cette réunion avait confirmé la contribution indispensable de son pays à la sécurité euro-atlantique ainsi que l’engagement accru des alliés européens dans la défense collective.
Chypre au cœur du différend
L’Union européenne a continué de soutenir un règlement fondé sur les résolutions des Nations unies et a lié un approfondissement de la coopération à des progrès dans les efforts de paix menés sous l’égide de l’ONU sur l’île divisée.
Les autorités turques ont soutenu que la communauté chypriote turque avait constamment appuyé les initiatives de réunification, tandis que la direction chypriote grecque avait bloqué plusieurs tentatives de règlement.
Référendums et négociations cités
Le porte-parole a rappelé que le plan Annan soutenu par les Nations unies avait été approuvé par les Chypriotes turcs lors du référendum de 2004, mais rejeté par les électeurs chypriotes grecs.
Il a également affirmé que l’échec des négociations de Crans-Montana en 2017 résultait de la position jugée inflexible de la partie chypriote grecque.
Adhésion gelée depuis 2018
La Turquie a obtenu le statut de pays candidat en 1999 et a ouvert officiellement les négociations d’adhésion en 2005. Ce processus est toutefois resté gelé depuis 2018 en raison de différends portant notamment sur les normes démocratiques, l’indépendance de la justice, Chypre et les activités d’Ankara en Méditerranée orientale.
Le nouveau document qualifiait l’élargissement d’atout pour l’Union et citait l’Ukraine, la Moldavie ainsi que les pays des Balkans occidentaux, sans mentionner la Turquie dans cette partie malgré son statut de candidat.
Coopération liée au comportement
L’évaluation indiquait que les relations avec Ankara devaient progresser de manière « progressive, proportionnée et réversible ». Elle précisait qu’une coopération plus étroite dépendait du comportement de la Turquie et des avancées vers un règlement de la question chypriote.
Plusieurs États membres ont continué de plaider pour une ligne plus ferme sur la politique étrangère turque, tandis que les dirigeants européens ont maintenu que ce partenaire restait essentiel sur les dossiers des migrations, de la lutte contre le terrorisme, de la sécurité régionale et du transit énergétique.
Duran dénonce un manque d’objectivité
Le directeur de la communication de la présidence, Burhanettin Duran, a estimé sur X que les évaluations publiées le 15 juillet étaient
« loin de l’objectivité et de la clairvoyance stratégique ».
Il a ajouté que le texte ignorait le statut de candidat de son pays, minimisait son rôle dans la sécurité euro-atlantique, reprenait une « rhétorique unilatérale » sur la Méditerranée orientale et Chypre, et a appelé l’Union européenne à adopter « un discours plus responsable » fondé sur le respect mutuel et les intérêts communs.


