PARIS, 18 juillet (Le Parisien Matin) – L’Assemblée nationale française a ratifié le 16 juillet un traité délimitant précisément la frontière entre Saint-Martin français et Sint-Maarten néerlandais, mettant fin à près de 400 ans d’ambiguïté. La Chambre des représentants du Royaume des Pays-Bas doit encore approuver l’accord pour qu’il entre en vigueur.
Tracer une ligne après 1648
Depuis le Traité de Concordia de 1648, la frontière entre les deux territoires n’avait jamais été formellement définie. Une limite de facto s’était développée au fil des siècles, mais les litiges sur les permis de construction, les compétences policières et la gestion environnementale n’ont cessé d’émerger. Les tensions se sont concentrées particulièrement sur le village d’Oyster Pond, où la ligne frontalière exacte restait floue.
Le traité définit la frontière d’environ 10 kilomètres à partir de 348 points géographiques précis, en appliquant le principe de l’équidistance. Sint-Maarten acquiert 7 109 mètres carrés de territoire, tandis que la France sécurise la juridiction sur des portions des eaux d’Oyster Pond, incluant la Marina du Capitaine Oliver.
L’accélération après l’ouragan Irma
Le processus de formalisation s’est intensifié après l’ouragan Irma en 2017, qui a détruit plus de 95 % des bâtiments de l’île. La reconstruction s’était heurtée à l’impossibilité légale des deux autorités d’émettre des permis ou d’allouer les fonds de secours en l’absence de clarté territoriale.
Une dispute frontalière de premier plan avait éclaté en 2016 à Oyster Pond, lorsque des gendarmes français avaient mené un raid contre un restaurant sous licence néerlandaise en rénovation. La France contestait le manque de permis français, tandis que les Pays-Bas avaient adressé des protestations diplomatiques officielles.
Préserver la libre circulation
Le traité préserve la mobilité caractéristique de l’île, permettant aux résidents de traverser librement entre les deux côtés. Cependant, il établit des réglementations de zonage immobilier interdisant les nouvelles constructions à moins de deux mètres de la frontière numérique nouvellement définie.
Pour les eaux partagées comme le lagon Simpson Bay et Oyster Pond, l’accord introduit des règles strictes. Les citoyens de Sint-Maarten conservent des droits explicites de navigation libre, de mouillage des navires et de transit, ainsi que le droit de poursuivre la pêche artisanale traditionnelle dans les eaux réglementées par la France.
Une commission permanente de surveillance
Le traité crée une Commission frontière permanente composée de trois représentants de chaque nation, qui se réunira annuellement pour gérer les marqueurs physiques de la frontière, examiner le zonage immobilier et coordonner les initiatives de police transfrontalière, d’éducation et de santé.
« La France peut être fière d’avoir résolu l’une de ses plus anciennes disputes territoriales »
A déclaré Bertrand Bouyx, le député ayant guidé la législation à travers le Parlement.


