BERLIN, 18 juillet (Le Parisien Matin) – L’administration Trump prépare une vaste campagne de subventions en Europe pour soutenir des initiatives alignées sur le mouvement MAGA, dans le cadre d’une refonte majeure des priorités américaines en matière d’aide étrangère.
Le programme, administré par le Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail du département d’État, distribue des subventions allant de 1 à 3 millions de dollars à des groupes de la société civile, des fondations et des réservoirs de réflexion alignés sur cette ligne politique.
Les cibles principales du financement
La notification adressée aux législateurs américains révèle que le département d’État prévoit d’allouer 2 millions de dollars pour « contrer la censure » résultant des régulations européennes, notamment la Directive sur les services numériques et la Loi sur les marchés numériques. Selon la notification, les fonds viseraient également à développer une « alliance civilisationnelle » en Europe, avec un budget de 5 millions de dollars dédié à la défense de la « liberté d’expression, de la concurrence politique et de la souveraineté nationale ».
L’une des organisations ciblées par ce financement est la Free Speech Union International, une fédération faîtière regroupant des groupes britanniques fondée par Toby Young, un pair conservateur. La Free Speech Union est destinée à recevoir 5 millions de dollars selon deux sources familières du dossier.
Toby Young a confirmé auprès de la presse que le groupe avait « exprimé son intérêt pour soumettre une demande de financement auprès du département d’État américain » afin de « promouvoir le droit à la liberté d’expression ». Bien que le site de la Free Speech Union affirme son caractère non-partisan, les critiques soutiennent qu’elle a servi de champion aux causes conservatrices et « anti-woke ».
Des projets étendus en Europe et au-delà
Parmi les autres projets envisagés figurent 2 millions de dollars destinés aux groupes d’Europe de l’Est et des Balkans, qui s’opposent à ce qu’ils perçoivent comme des tentatives de saper les normes civilisationnelles occidentales. La notification inclut également des fonds de 1 million de dollars pour documenter les violations des droits de l’homme contre les minorités ethniques en Afrique du Sud, bien que le document ne fasse pas de référence explicite aux Blancs sud-africains.
Le programme prévoit également du soutien pour contrer les abus judiciaires et la censure au Brésil, où les États-Unis accusent les autorités de persécuter l’ancien président Jair Bolsonaro, un allié de Trump.
Controverse autour du financement de 878
Une partie de la notification concerne un think tank britannique-américain, 878, co-fondé par Jacob Rees-Mogg, ancien ministre conservateur. Selon le document, l’organisation serait destinée à recevoir 7 millions de dollars pour renforcer le « partenariat civilisationnel » entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Cependant, une source familière du dossier a indiqué qu’aucun plan formel n’existait pour financer 878, et que le document avait été rédigé par un membre junior du personnel du département d’État, ce qui a surpris certains hauts fonctionnaires.
La plus grande subvention
La plus grande allocation proposée concerne la Fondation des victimes du communisme, une organisation américaine à but non lucratif fondée en 1993 par un acte du Congrès signé par le président Bill Clinton. La subvention proposée s’élève à 40 millions de dollars, ce qui représenterait une expansion majeure pour l’organisation. Ses derniers registres fiscaux indiquent des actifs totaux de 12,1 millions de dollars. Le département d’État a noté que cette organisation avait déjà reçu un financement fédéral, y compris sous l’administration Biden.
Les avertissements européens
Cette initiative a provoqué des frictions diplomatiques significatives. Le chancelier allemand Friedrich Merz a averti l’administration Trump contre toute ingérence dans les élections allemandes, qui se tiendront en septembre.
« Nous ne nous ingérons pas dans les élections américaines »
A déclaré Merz lors d’une conférence de presse à Berlin.
« Réciproquement, je ne veux pas que le gouvernement américain ou les institutions proches du gouvernement s’ingèrent dans les élections allemandes. »
Les préoccupations des experts
Les anciens fonctionnaires du département d’État qualifient cette stratégie de financement comme faisant partie d’un effort de plusieurs mois visant à repurposer les fonds gouvernementaux pour soutenir des groupes d’extrême droite en Europe. Un ancien officiel du département d’État a souligné que le langage concernant l’éligibilité des demandeurs est ambigu, notant que l’annonce spécifie que les « individus » et les « institutions gouvernementales » peuvent postuler sans précision supplémentaire.
Le département d’État a déclaré que
« les programmes sont toujours en délibération active et la réception d’une subvention n’est pas garantie pour aucune organisation qui ne remplit pas tous les critères et normes des subventions fédérales ».


