Le président américain Donald Trump a affirmé ces dernières semaines qu’il croyait proche un rapprochement historique entre l’Arabie saoudite et Israël. Pourtant, lors de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche prévue ce mois-ci, une telle annonce paraît peu probable.
Depuis plusieurs mois, Riyad répète que toute reconnaissance d’Israël dépendra d’un accord concret ouvrant la voie à un État palestinien. Deux sources du Golfe ont confirmé que ce message avait été clairement transmis à Washington.
Des ambitions différentes chez ces deux dirigeants
Trump souhaite élargir les Accords d’Abraham, signés en 2020 par les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc, qui ont permis à ces pays d’établir des liens officiels avec Israël. Le président américain a récemment déclaré : « Nous espérons que l’Arabie saoudite rejoindra bientôt ces accords. »
Mais pour Riyad, la question palestinienne reste centrale. Le royaume, gardien des lieux saints de l’islam, ne peut pas se permettre une normalisation sans avancée politique claire. « Le prince ne donnera pas son feu vert sans un engagement crédible sur la souveraineté palestinienne », estime Jonathan Panikoff, ancien responsable du renseignement américain.
L’impact d’Israël
Une responsable du ministère saoudien des Affaires étrangères, Manal Radwan, a rappelé que la priorité restait le retrait israélien de Gaza, le déploiement d’une force internationale de protection et le retour de l’Autorité palestinienne sur place.
Ces conditions constituent, selon Riyad, les bases indispensables pour envisager une solution durable à deux États. Tant que Benjamin Netanyahou refusera cette perspective, les Saoudiens n’ont aucune raison de se précipiter vers une reconnaissance officielle.
Cette visite à Washington est aussi la première de Mohammed ben Salmane depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018, affaire qui avait glacé les relations entre les deux pays. Le prince a depuis cherché à se repositionner comme un acteur pragmatique, prêt à dialoguer tout en défendant fermement les intérêts du royaume.
Trump, lui, voit dans cette rencontre une occasion de raffermir son image de négociateur et de sceller des accords économiques et militaires avant d’éventuelles annonces électorales.
Derrière la question israélienne, c’est surtout un accord de défense entre Washington et Riyad qui devrait dominer les échanges. Le texte, inspiré d’un modèle similaire à celui conclu avec le Qatar, renforcerait la coopération militaire et technologique entre les deux pays.
Ce pacte ne serait pas un traité formel ratifié par le Congrès, mais un engagement exécutif, plus souple et plus rapide à mettre en œuvre. Il permettrait de faciliter les ventes d’armes américaines à l’Arabie saoudite et de renforcer les exercices conjoints, tout en limitant la coopération militaire de Riyad avec la Chine.
Un compromis plutôt qu’un grand accord
Les négociations ont été revues à la baisse : au lieu d’un traité de défense complet, Riyad obtiendrait une garantie partielle mais évolutive, que les futurs gouvernements américains pourraient transformer en accord officiel.
« Ce n’est pas encore ce que l’Arabie saoudite voulait, mais c’est une étape importante », dit David Makovsky, expert au Washington Institute.
Les diplomates évoquent un équilibre fragile : la défense, la normalisation avec Israël et la question palestinienne sont liées, mais aucun de ces volets n’avance vraiment. Faute de mieux, les deux camps semblent prêts à signer un accord limité, quitte à renégocier plus tard.
Moins de menace iranienne, moins d’urgence
Pendant longtemps, Riyad cherchait une protection américaine face à l’Iran, perçu comme son grand rival. Mais la situation a évolué. Les frappes israéliennes sur les infrastructures militaires et nucléaires iraniennes ont affaibli Téhéran, tandis que ses alliés régionaux, le Hezbollah, Hamas et les Houthis ont subi de lourdes pertes.
Avec la pression iranienne en recul, l’urgence d’un traité contraignant s’estompe. Washington n’a plus la même motivation pour pousser un texte qui exigerait une approbation du Congrès, difficile à obtenir.


