ROME, 5 juin (Le Parisien Matin) – Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a proposé une nouvelle alliance européenne de défense regroupant 40 nations. Visant à contrer les menaces russes et à réduire l’engagement américain, cette initiative entend renforcer la sécurité et l’indépendance du continent, témoignant d’une évolution significative de l’approche européenne en matière de défense proactive et d’investissement militaire.
L’Europe renforce sa défense
L’Italie a officiellement appelé à la création d’une nouvelle alliance militaire européenne pour garantir la protection du continent, face à la montée des tensions avec la Russie et à la réticence accrue des États-Unis à assumer leur rôle de garant de la sécurité en Europe. Cette proposition, portée par le ministre de la Défense Guido Crosetto, vise à unir les 27 membres de l’Union européenne avec 13 autres nations partenaires, dont le Royaume-Uni, la Norvège, la Turquie et l’Ukraine, afin de bâtir une structure défensive robuste et indépendante.
Une autonomie stratégique nécessaire
Le projet italien repose sur une vision continentale de la défense. Selon M. Crosetto, cette nouvelle alliance militaire ne se veut pas une alternative à l’OTAN, mais un pilier européen renforcé. Dans une lettre adressée à ses homologues, le ministre souligne que la sécurité du continent ne peut plus se limiter aux frontières de l’Union européenne. Elle doit inclure tous les partenaires partageant des intérêts vitaux.
« Nous devons construire une Europe continentale de la défense », a affirmé M. Crosetto lors d’un entretien récent.
Cette initiative reflète une prise de conscience profonde : après des années de sous-investissement, les leaders européens doivent désormais assumer une responsabilité accrue pour leur propre stabilité, particulièrement alors que les États-Unis semblent vouloir réduire leur empreinte militaire sur le territoire européen.

La question ukrainienne et les frontières
Au cœur de cette nouvelle alliance militaire, la place de l’Ukraine est centrale. Bien qu’elle ne soit membre ni de l’UE ni de l’OTAN, Kiev est considérée par Rome comme un pilier indispensable de la sécurité européenne. L’Italie insiste sur le fait que l’intégration de nations situées en première ligne est une nécessité stratégique pour contrer les menaces directes pesant sur la stabilité régionale.
Parallèlement, cette nouvelle alliance militaire s’inscrit dans un mouvement plus large. Des personnalités comme le président français Emmanuel Macron et le responsable européen Andrius Kubilius plaident depuis longtemps pour une plus grande autonomie militaire. L’Italie a d’ailleurs déjà commencé à joindre ses forces à celles de la France, de l’Allemagne, de la Pologne et du Royaume-Uni dans des cadres de coopération restreints, marquant une volonté claire de s’affranchir d’une dépendance exclusive vis-à-vis de Washington.
Vers une vision mondiale de la sécurité
Le ministre italien ne s’arrête pas à la sphère européenne. Il estime que l’architecture actuelle doit évoluer pour intégrer une dimension plus globale. M. Crosetto suggère que l’OTAN devrait étendre ses membres à des pays comme l’Australie, le Brésil, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud. Pour Rome, il est impératif de sortir du schéma restreint aux élites du nord global pour offrir une stabilité réelle à l’échelle mondiale.
Cependant, la mise en œuvre d’une telle nouvelle alliance militaire se heurte à des défis politiques et financiers. En Italie, le gouvernement de Giorgia Meloni doit jongler avec une dette publique importante et des priorités budgétaires divergentes. La nécessité d’augmenter les dépenses militaires, réclamée par le contexte actuel, suscite des débats internes intenses face à la hausse des coûts de l’énergie et des besoins sociaux. Malgré ces obstacles, la volonté de Rome de renforcer le poids stratégique de l’Europe demeure une priorité affichée.


