TIVAT, 5 juin (Le Parisien Matin) – Réunis à Tivat au Monténégro, les dirigeants de l’UE accélèrent leurs plans d’élargissement vers les Balkans occidentaux. Ce sommet stratégique vise à contrer les menaces géopolitiques russes et chinoises tout en renforçant l’influence européenne dans la région.
L’UE intensifie son élargissement
Les dirigeants européens se sont réunis à Tivat, au Monténégro, pour donner un nouvel élan au processus d’intégration des pays des Balkans occidentaux. Ce sommet annuel marque une étape décisive pour l’Union européenne, qui voit dans l’élargissement une réponse impérative face aux défis géopolitiques actuels, notamment les pressions exercées par la Russie et la Chine. Le Monténégro, candidat en tête de file, se positionne plus que jamais comme un pilier de cet élargissement, affichant une ambition claire de rejoindre le bloc d’ici 2028.
Pour garantir cette dynamique, les six pays candidats, dont l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord et la Serbie, se penchent sur une nouvelle initiative franco-allemande. Ce projet vise à injecter une énergie inédite dans les négociations en proposant des incitations concrètes et plus rapides. Selon les propositions discutées lors de cet événement, l’accès privilégié au marché unique européen et la possibilité d’envoyer des observateurs au sein des institutions de l’UE figurent parmi les leviers mobilisés pour récompenser les réformes accomplies par les États candidats.
« Pour nous, l’élargissement, à savoir vers les Balkans occidentaux, est l’investissement géopolitique le plus important que fait l’Union européenne », a déclaré le président du Conseil européen, Antonio Costa, lors de sa visite préalable à Belgrade.
Une intégration graduée face aux défis
La stratégie adoptée à Tivat repose sur un modèle d’intégration graduée, rompant avec l’approche traditionnelle du « tout ou rien » qui caractérisait les processus d’adhésion jusqu’ici. Cette méthode permet aux pays candidats de bénéficier de certains avantages économiques et politiques avant même l’adhésion formelle. Pour l’Union européenne, il s’agit d’éviter que ces nations ne se tournent vers d’autres partenaires mondiaux en raison d’une frustration liée à la lenteur des procédures.
Le soutien financier, via un plan de croissance doté de 6 milliards d’euros, est étroitement conditionné. Les fonds ne sont débloqués que par tranches, en fonction de réformes démocratiques et économiques précises. Ce mécanisme de conditionnalité inclut une règle de réversibilité stricte : tout recul démocratique constaté par Bruxelles pourrait entraîner un gel immédiat du financement, garantissant ainsi que l’élargissement reste un vecteur de stabilité et non de risque pour les standards européens.

Le rôle moteur du Monténégro
Le Monténégro, hôte de ce sommet, confirme son statut de favori dans la course à l’adhésion après vingt-deux années de négociations. Avec un taux de soutien populaire dépassant les 80 %, le pays se définit comme l’épicentre de l’optimisme européen dans la région. Le gouvernement local travaille activement pour clôturer les derniers chapitres techniques, avec l’objectif réaliste de finaliser son traité d’adhésion d’ici la fin de la décennie.
Cependant, le chemin reste contrasté pour les autres partenaires. Si l’Albanie progresse, le Kosovo fait face à une situation complexe due à la non-reconnaissance de son indépendance par cinq membres de l’UE, bloquant ainsi la nécessaire unanimité requise pour son entrée. La Serbie, quant à elle, reste scrutée pour ses liens politiques étroits avec Moscou, ce qui complique son rapprochement avec les exigences démocratiques de Bruxelles.
Sécurité et influence régionale
La volonté d’accélérer cet élargissement est également dictée par la nécessité de combler les zones d’ombre géopolitiques. Les dirigeants présents à Tivat, parmi lesquels Emmanuel Macron et Friedrich Merz, ont insisté sur le fait que la stabilité des Balkans est intrinsèquement liée à celle de l’ensemble du continent. L’absence d’une présence européenne forte laisserait le champ libre à des puissances rivales pour exercer une influence indue, notamment via le contrôle d’infrastructures stratégiques ou le levier de l’énergie.
En proposant des bénéfices tangibles, comme la fin des frais d’itinérance mobile ou l’accès aux réseaux comme Erasmus+, l’Union européenne espère démontrer concrètement aux citoyens des Balkans les avantages immédiats de ce rapprochement. Ce sommet confirme que le processus d’élargissement est devenu, plus qu’une simple procédure bureaucratique, un levier de sécurité indispensable pour contrer les menaces extérieures dans une région historiquement marquée par les tensions.


