BRUXELLES, 19 juin (Le Parisien Matin) – La Commission européenne s’apprête à proposer une nouvelle législation contraignante destinée à sécuriser les chaînes d’approvisionnement des entreprises de l’Union européenne.
Cette initiative vise à encourager la diversification des sources pour les composants stratégiques, afin de réduire la dépendance excessive vis-à-vis de la Chine.
Une mesure face à la lenteur du marché
L’annonce a été faite lors d’un sommet à Bruxelles par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Le constat est sans appel : les efforts volontaires des entreprises pour réduire leurs risques de dépendance se sont déroulés à un rythme jugé beaucoup trop lent. La situation est devenue critique l’année dernière lorsque Pékin a restreint ses exportations de terres rares, une ressource essentielle sur laquelle la Chine exerce une domination quasi totale.
« Il est nécessaire d’améliorer les choses. Nous avons vu les chiffres, ils parlent d’eux-mêmes, et nous devons rééquilibrer notre relation », a déclaré Ursula von der Leyen.
Bien que la Commission souhaite une législation techniquement neutre, elle envisage d’imposer des quotas structurels stricts. Les entreprises pourraient être légalement limitées dans leur capacité à s’approvisionner à plus de 30 % ou 40 % en composants critiques auprès d’un seul pays. Les secteurs concernés incluent les énergies propres, l’automobile électrique, les semi-conducteurs, ainsi que les industries de défense et aérospatiale.
Un déficit commercial devenu insoutenable
Le besoin d’action est exacerbé par un déséquilibre économique majeur. Le déficit commercial de l’UE en biens avec la Chine atteint désormais environ un milliard d’euros par jour. António Costa, président du Conseil européen, a qualifié ce chiffre d’insoutenable, soulignant que les discussions engagées avec Pékin n’ont jusqu’à présent pas produit les résultats escomptés malgré des échanges réguliers.
La vulnérabilité des pays européens est variable, mais le Premier ministre belge, Bart De Wever, a rappelé la nécessité d’une réponse unie en cas de mesures de rétorsion de la part de partenaires commerciaux. La difficulté pour l’Union européenne réside dans l’équilibre délicat entre la nécessité de protéger ses intérêts stratégiques et l’impossibilité économique d’une rupture totale des liens commerciaux.
Vers une souveraineté économique accrue
La stratégie européenne insiste sur le concept de « réduction des risques » plutôt que sur un découplage total. Bruxelles reconnaît que la dépendance aux capacités chinoises de traitement des minéraux critiques reste un défi majeur pour atteindre ses objectifs climatiques. La législation, qui pourrait être présentée officiellement lors du prochain discours sur l’état de l’Union, vise à forcer les entreprises à diversifier leurs fournisseurs pour éviter toute paralysie industrielle en cas de crise géopolitique majeure. Si les entreprises anticipent cette mesure en diversifiant leurs chaînes par elles-mêmes, le texte pourrait toutefois devenir superflu.


