TEL AVIV/BEYROUTH, 24 juin (Le Parisien Matin) – Les autorités israéliennes et libanaises sont engagées dans des discussions diplomatiques intensives concernant une proposition soutenue par les États-Unis.
Ce projet prévoit le transfert de certaines zones du sud du Liban, actuellement sous contrôle des forces israéliennes après les récents combats contre le Hezbollah, vers l’armée régulière libanaise.
Cette initiative représente une étape potentielle vers le rétablissement de la souveraineté libanaise sur les territoires occupés.
Un mécanisme de transition par zones pilotes
Le projet se concentre sur l’établissement de secteurs géographiques définis, qualifiés de zones pilotes, où les Forces armées libanaises pourraient intervenir pour prendre le contrôle sécuritaire de manière exclusive. Cette approche graduelle permettrait de sécuriser le territoire en empêchant la reconstruction d’infrastructures militantes avant de progresser vers les zones adjacentes. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a souligné la volonté américaine d’accompagner ce renforcement capacitaire, précisant que le concept repose sur une occupation progressive et méthodique du terrain.
Les négociations se déroulent actuellement à Washington, parallèlement à des échanges entre l’Iran et les États-Unis concernant la place centrale du Liban dans les accords de paix régionaux. Bien que les discussions semblent parfois éclipsées par les enjeux diplomatiques iraniens, les responsables des deux parties maintiennent un canal de communication ouvert. Le président libanais, Joseph Aoun, a confirmé que les échanges sur ces zones pilotes sont toujours en cours, en attendant une approbation formelle côté israélien.
La question de la sécurité et du filtrage des troupes
Un point critique de cette proposition réside dans les garanties sécuritaires exigées par l’État hébreu. Les officiels israéliens ont insisté sur le fait que les soldats libanais participant à cette opération de reprise de contrôle devront impérativement faire l’objet d’un processus de formation et de vérification rigoureux par les autorités américaines. L’objectif avoué est de s’assurer qu’aucune des troupes déployées ne puisse entretenir de liens avec le Hezbollah.
Le cadre opérationnel prévoit que les États-Unis jouent un rôle pivot dans ce processus, incluant potentiellement des mesures de filtrage biométrique pour garantir l’intégrité des unités déployées. Ce niveau de contrôle est perçu comme indispensable par Israël pour maintenir sa sécurité alors qu’il conserve une présence militaire dans une zone tampon le long de la frontière. L’armée libanaise, qui recrute à travers la diversité confessionnelle du pays, bénéficie depuis longtemps d’une aide militaire américaine destinée à renforcer les institutions étatiques face à l’influence du Hezbollah.

Objectifs à long terme et retrait militaire
La vision à long terme avancée par les autorités israéliennes consiste à se retirer progressivement vers le fleuve Litani, situé à environ 30 kilomètres au nord de la frontière internationale. L’ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies, Danny Danon, a précisé la position de Tel-Aviv lors d’un point presse :
« Finalement, nous voulons nous replier vers le fleuve et permettre à l’armée libanaise de prendre le contrôle de ces positions ».
Cette ambition répond également à l’objectif affiché par Beyrouth, qui réclame un retrait militaire complet des forces israéliennes.
Toutefois, la réalité du terrain reste marquée par une instabilité persistante. En dépit d’un cessez-le-feu instauré depuis dimanche, des incidents continuent de survenir, comme en témoigne la récente frappe de drone israélien dans le sud du Liban ayant causé la mort de deux personnes. L’armée israélienne a justifié cette action en précisant qu’elle visait des suspects pénétrant dans une zone sous contrôle israélien. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a par ailleurs réaffirmé, dans un contexte pré-électoral, que la zone tampon serait maintenue tant qu’il occuperait ses fonctions.
Coordination et cellule de déconfliction
Afin de consolider le cessez-le-feu, les efforts diplomatiques se sont également tournés vers la création d’une cellule de déconfliction, actée lors de pourparlers en Suisse entre les délégations américaine et iranienne. Cette instance vise à garantir le respect strict des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban. Les détails opérationnels de cette structure sont actuellement à l’étude par Washington.
La position de l’Iran, qui a inclus le Liban dans ses accords intermédiaires avec les États-Unis, demeure un facteur clé de ces négociations. Téhéran insiste sur l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban, tout en incluant le retrait des troupes israéliennes comme une composante essentielle de l’accord global. Le Hezbollah, de son côté, a manifesté son opposition aux pourparlers directs entre Beyrouth et Israël, bien que ces contacts représentent le niveau diplomatique le plus élevé entre les deux pays depuis des décennies.
Les discussions techniques entre les états-majors militaires se poursuivent pour définir un calendrier précis. Le succès de ce projet pilote, s’il est confirmé, pourrait marquer un tournant majeur dans la gestion du conflit frontalier, en substituant progressivement la présence de l’armée nationale libanaise aux troupes israéliennes, sous supervision internationale. La conclusion de ces pourparlers, attendue après les derniers échanges programmés jeudi, déterminera la viabilité d’un tel plan dans une région encore sous haute tension.


