ZURICH, 20 juin (Le Parisien Matin) – Une délégation iranienne de haut niveau a quitté Téhéran ce samedi à destination de la Suisse pour engager des pourparlers avec les États-Unis.
Ce déplacement intervient dans un contexte de forte tension régionale, alors que le vice-président américain JD Vance devrait rejoindre prochainement ces échanges, dont le début est prévu pour dimanche selon des sources pakistanaises.
La délégation iranienne est conduite par le négociateur en chef Mohammad Baqer Qalibaf. Elle comprend également le ministre des Affaires étrangères Abbas Araqchi, ainsi que des responsables de haut rang issus de la sécurité nationale, de la Banque centrale et du secteur pétrolier. Ce cycle de discussions vise à faire progresser un accord intérimaire, négocié avec l’appui du Pakistan, signé mercredi par le président américain Donald Trump et le président iranien Masoud Pezeshkian pour mettre fin à un conflit qui dure depuis près de quatre mois.
Une trêve sous tension au Liban
Malgré l’annonce d’une trêve entrée en vigueur vendredi à 13h00 GMT, la situation au Liban demeure instable. La Défense civile libanaise a rapporté le décès de 20 personnes lors de frappes israéliennes survenues ce samedi. De son côté, l’armée israélienne a justifié ses opérations en invoquant une réponse aux attaques menées par le groupe armé Hezbollah.
L’agence de presse officielle libanaise, NNA, a précisé que des avions de combat et des drones israéliens ont ciblé plusieurs zones dans le sud du pays et dans la vallée de la Bekaa. Un responsable militaire israélien a indiqué que le Hezbollah avait tiré plus de 50 projectiles vers les forces israéliennes durant la nuit. Israël maintient sa position : bien que le gouvernement ait ordonné à l’armée de ne pas initier de tirs, il refuse de retirer ses troupes des territoires libanais occupés, soulignant ne pas être partie prenante de l’accord conclu entre Washington et Téhéran.
Le détroit d’Ormuz au cœur des pressions
Parallèlement aux mouvements diplomatiques, le Corps des gardiens de la révolution islamique a déclaré la fermeture du détroit d’Ormuz. Cette mesure, présentée par Téhéran comme un levier de pression, fait suite à ce que l’Iran qualifie de violations des engagements américains concernant le cessez-le-feu et de crimes israéliens au Liban.
Toutefois, le Commandement central des États-Unis a rapidement démenti l’effectivité de cette fermeture. Selon les autorités américaines, 55 navires marchands ont transité par le détroit ce samedi, transportant notamment plus de 17 millions de barils de pétrole destinés aux marchés mondiaux. Les forces américaines ont assuré qu’elles continueraient de garantir la libre circulation dans cette voie maritime vitale.

La diplomatie à l’épreuve du terrain
Mohammad Mokhber, conseiller du guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei, a vivement critiqué l’administration américaine sur le réseau social X. Il accuse Washington de ne pas respecter la première clause de l’accord intérimaire en 14 points, qui stipule un cessez-le-feu sur tous les fronts, y compris au Liban.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a insisté sur le fait que l’Iran mettrait la priorité, lors de ces discussions en Suisse, sur l’application stricte des engagements pris. Le vice-président JD Vance, dans une déclaration à Fox News, a réitéré sa confiance dans la solidité de l’accord, tout en notant les défis inhérents à un tel processus :
« Je m’attends à partir dans les prochains jours, mais il s’agit toujours d’une danse de coordination délicate et de protocoles diplomatiques », a déclaré JD Vance.
Il a confirmé que les négociateurs Jared Kushner et Steve Witkoff étaient déjà sur place en Suisse pour traiter les aspects techniques des échanges. Selon ces derniers, les premières discussions se déroulent dans des conditions jugées satisfaisantes.
Le rôle du site de Bürgenstock
Le choix du site de Bürgenstock pour ces négociations n’est pas anodin. Ce lieu, isolé et perché à 500 mètres au-dessus du lac des Quatre-Cantons, est réputé pour sa confidentialité et sa difficulté d’accès. Il a par le passé accueilli des sommets internationaux majeurs. La réussite de ce cycle de soixante jours reste toutefois suspendue à l’évolution réelle de la situation sécuritaire au Liban, que les deux parties considèrent comme une condition sine qua non à la pérennisation de leur accord global.


