BRUXELLES, 28 juin (Le Parisien Matin) – Le Parlement européen a officiellement remplacé Google par le moteur de recherche français Qwant comme outil par défaut sur ses ordinateurs institutionnels depuis le 4 juin 2026. Cette transition majeure concerne directement 720 législateurs élus, ainsi que des milliers d’assistants parlementaires et de membres du personnel administratif.
Cette décision s’inscrit dans une volonté affirmée de l’institution de renforcer son indépendance technologique vis-à-vis des infrastructures numériques américaines.
Le déploiement technique s’opère automatiquement via les navigateurs Microsoft Edge et Mozilla Firefox, où les recherches effectuées depuis la barre d’adresse sont désormais redirigées vers Qwant. L’institution conserve toutefois une souplesse d’usage, puisque le système ne bannit pas Google : les employés disposent de la liberté de modifier manuellement leurs préférences ou d’utiliser d’autres outils de recherche s’ils le souhaitent.
Priorité à la souveraineté des données
Le choix de Qwant répond à des impératifs stricts de sécurité et de confidentialité. Contrairement aux moteurs dominants, l’outil français bloque systématiquement le suivi des utilisateurs, les cookies tiers et la création de profils publicitaires comportementaux. Pour les responsables européens, il s’agit de prévenir la collecte excessive d’informations sur les sujets de travail et les flux documentaires sensibles des institutions.
« Cette décision marque une étape significative pour notre autonomie numérique en favorisant des solutions conçues et hébergées au sein de l’Union européenne », a déclaré un porte-parole lors de l’annonce officielle de ce basculement stratégique.

Vers une infrastructure européenne autonome
Au-delà du simple changement d’interface, ce projet s’intègre dans une stratégie globale nommée Euro-Stack. La Commission européenne déploie actuellement un ensemble de mesures destinées à soutenir les capacités technologiques internes de l’UE, incluant les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et les services de cloud localisés.
Qwant amorce d’ailleurs une évolution technique majeure pour soutenir cette ambition. Alors que le moteur s’appuyait historiquement sur l’index de Microsoft Bing, il développe actuellement son propre index natif baptisé Staan, en collaboration avec le moteur de recherche écologique Ecosia. Le nom de l’entreprise elle-même illustre cette ambition, fusionnant les notions de gestion de données massives et le terme mandarin signifiant réseau.
Si le Parlement européen ne peut pas encore imposer ce changement sur les terminaux mobiles en raison des restrictions imposées par les systèmes d’exploitation d’Apple et de Google, l’initiative marque un précédent symbolique fort. Bien que la part de marché de Google reste prédominante en Europe, atteignant 87,5 % en avril 2026, cette bascule institutionnelle envoie un signal clair sur la nécessité de diversifier les outils numériques au sein de l’Union.


