NANTERRE, 28 juin (Le Parisien Matin) – Les autorités françaises ont officiellement lancé une enquête préliminaire visant la plateforme de vente en ligne Vinted. Cette décision judiciaire fait suite à une vague d’accusations virales sur les réseaux sociaux, où des internautes soupçonnent l’existence d’un système de trafic d’enfants dissimulé derrière des annonces de jouets d’occasion.
Le parquet de Nanterre a pris en main le dossier après que des signalements massifs ont été remontés par le public et des représentants politiques. La cellule spécialisée de la police dans la protection des mineurs dirige désormais les investigations pour établir la véracité de ces allégations qui ont enflammé la toile ces derniers jours.
La polémique est née de la diffusion de captures d’écran sur des plateformes comme TikTok et X. Les utilisateurs ont mis en lumière des fiches produits affichant des prix exorbitants pour des objets ordinaires. Par exemple, une ardoise magique était proposée à 6 000 euros, tandis qu’une figurine Harry Potter atteignait la somme démesurée de 30 000 euros.

Au-delà des tarifs, ce sont les descriptions textuelles qui ont semé le trouble. Les internautes ont relevé des détails troublants tels que des âges, des tailles précises, des couleurs d’yeux ou encore des traits de caractère comme « timide » ou « obéissant ». Ces éléments ont été interprétés par certains comme un langage codé destiné à organiser la vente illégale d’êtres humains.
Face à l’ampleur du phénomène, Sarah El Haïry, ministre déléguée chargée de l’Enfance, de la Jeunesse et des Familles, a officiellement signalé les comptes suspects à la plateforme PHAROS. L’intervention de la Haute Commissaire a accéléré la prise en compte du dossier par les autorités compétentes.
Elle a d’ailleurs déclaré publiquement :
« Je préfère qu’un principe de précaution strict soit appliqué plutôt qu’un seul enfant soit laissé à la merci de ses agresseurs. La vérité doit être établie sans aucun tabou. »
Les enquêteurs doivent désormais déterminer s’il s’agit d’une réelle menace criminelle ou d’un emballement numérique.
La direction de Vinted, dont le siège est basé en Lituanie, a rapidement réagi par voie de communiqué. La plateforme affirme avoir mené des vérifications internes approfondies sans trouver la moindre preuve crédible reliant ces annonces à un trafic humain.

Selon l’entreprise, les prix élevés s’expliquent par la valeur de collection de certains objets, des tactiques de négociation agressives ou des comportements provocateurs d’utilisateurs. Concernant les descriptions détaillées, la société soutient qu’il s’agit des tranches d’âge recommandées pour l’utilisation des jouets.
Vinted a également souligné la prolifération de fausses annonces créées par des internautes cherchant délibérément à alimenter la psychose en ligne. La plateforme indique supprimer activement ces contenus et bloquer les comptes responsables pour tenter de calmer la situation.
Cette affaire n’est pas sans rappeler la polémique qui avait frappé l’enseigne Wayfair en 2020. Aux États-Unis, des théories complotistes avaient alors accusé le vendeur de meubles d’utiliser ses produits pour cacher des enlèvements, des allégations qui s’étaient révélées infondées.
La situation actuelle pointe toutefois du doigt la vulnérabilité des applications de vente entre particuliers. Ces outils permettent en effet aux vendeurs de fixer librement des prix et de rédiger des descriptions sans filtrage automatisé préalable. Les experts en cybersécurité notent que les algorithmes de recommandation des réseaux sociaux ont largement contribué à amplifier ces craintes, transformant des spéculations d’utilisateurs en une affaire traitée au niveau national.
La justice française cherche désormais à démêler le vrai du faux. L’objectif est de vérifier si ces annonces cachent des activités illégales ou si elles sont le pur produit d’un effet de loupe numérique, tout en rappelant la responsabilité des plateformes dans la protection de leurs utilisateurs les plus jeunes.


