ALGER, 3 juillet (Le Parisien Matin) – Le rapprochement diplomatique entre la France et l’Algérie traverse une zone de fortes turbulences. Le récent déplacement de l’ambassadeur de France au Maroc, Philippe Lalliot, au Sahara occidental, a provoqué une onde de choc immédiate dans les chancelleries. En se rendant à Laayoune pour réaffirmer le soutien français à la position marocaine dans ce territoire contesté, le diplomate a franchi une ligne rouge que l’Algérie, fervent soutien du Front Polisario, ne pouvait laisser sans réaction.
Ce geste survient alors que les deux pays tentaient laborieusement de reconstruire un dialogue apaisé après plusieurs années d’une crise inédite et profonde.
La remise en cause d’un dégel fragile
La dynamique de réchauffement bilatéral, péniblement amorcée ces derniers mois, semble désormais compromise par cette initiative. Depuis le printemps 2026, Paris et Alger multipliaient les signaux d’ouverture, marqués notamment par le retour à Alger de l’ambassadeur français Stéphane Romatet en mai dernier. Des visites ministérielles de haut niveau, incluant des échanges sur la défense et la sécurité, avaient permis d’espérer une normalisation durable. Pourtant, ce nouvel épisode démontre la grande vulnérabilité de ces efforts face aux réalités géopolitiques régionales. Le refus persistant d’Alger de nommer un nouvel ambassadeur à Paris, un poste resté vacant depuis le rappel du diplomate algérien en juillet 2024, illustre la profondeur de la méfiance qui continue de régner entre les deux capitales.
Le poids des divergences historiques
Au-delà du dossier spécifique du Sahara occidental, le contentieux franco-algérien demeure structurel et complexe. Les politiques migratoires restrictives imposées par Paris, ainsi que les désaccords persistants sur la gestion de l’héritage colonial, alimentent régulièrement les tensions. La détention d’un fonctionnaire consulaire algérien à Paris, effective depuis avril 2025, demeure un autre point de friction majeur. Si des discussions en coulisses laissaient entrevoir une possible issue liée à des libérations réciproques, la récente visite de Philippe Lalliot à Laayoune a brutalement relancé les hostilités rhétoriques. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs déjà qualifié par le passé ce soutien français aux prétentions marocaines comme étant une position hostile, soulignant l’importance vitale de cet enjeu pour la doctrine diplomatique d’Alger.
Une stratégie diplomatique contestée
Le choix de se rendre dans une école française située sur un territoire dont le statut final reste, selon les résolutions des Nations Unies, non autonome, a été perçu par Alger comme une provocation délibérée. Cette visite officielle, effectuée par le nouvel ambassadeur avant même son installation définitive à Rabat, signale une volonté claire de Paris d’affirmer ses orientations stratégiques en Méditerranée occidentale, au risque de sacrifier ses relations avec l’Algérie. Selon les observateurs, cette séquence révèle une absence de cohérence dans la conduite de la politique étrangère française, qui oscille entre une volonté affichée de réconciliation et des actes diplomatiques qui, sur le terrain, produisent l’effet inverse.
« Cette situation illustre la difficulté pour la France de maintenir un équilibre entre ses partenariats régionaux et les exigences de souveraineté formulées par Alger », souligne un expert proche du dossier.
L’instabilité chronique qui caractérise désormais les échanges franco-algériens laisse peu de place à l’optimisme. Chaque avancée vers la normalisation est aussitôt contrebalancée par un incident diplomatique, rendant la perspective d’un partenariat stratégique stable de plus en plus incertaine dans un contexte de méfiance réciproque accentuée.


