LAMPEDUSA, 4 juillet (Le Parisien Matin) – Le pape Léon XIV s’est rendu sur l’île italienne de Lampedusa pour une visite historique, réaffirmant son engagement total en faveur des migrants. Symbole mondial de l’urgence migratoire en Europe, l’île a accueilli le souverain pontife dans un contexte marqué par les récents drames en Méditerranée. Il a rappelé, par sa présence, le devoir moral de ne pas ignorer la souffrance humaine.
Dès son arrivée, le pape s’est dirigé vers le cimetière des anonymes à Cala Pisana. Dans ce lieu de recueillement, les tombes des migrants disparus en mer sont marquées par des croix façonnées avec le bois des embarcations ayant fait naufrage au large des côtes. Ce geste solennel a ouvert une journée riche en émotions et en messages politiques forts destinés aux instances européennes.
Le souverain pontife s’est ensuite rendu à la Porta d’Europa, monument emblématique surplombant la Méditerranée. Accompagné d’une famille de migrants, il a longuement scruté l’horizon, observant les patrouilles maritimes. Un enfant migrant a profité de cette rencontre pour lui remettre un ballon de football, symbole d’un espoir retrouvé après des années d’errance. Le pape a reçu ce cadeau avec une profonde attention, soulignant l’importance de la compassion.
Un engagement fort contre l’indifférence
Le programme s’est poursuivi au Molo Favarolo, site où les navires transportant des migrants sont traditionnellement accostés. Le pape y a inauguré une plaque dédiée à son prédécesseur, le pape François, rebaptisant ainsi le quai en Molo Francesco. Ce lieu incarne désormais le lien constant entre l’Église et la communauté locale, particulièrement éprouvée par l’accueil régulier de personnes secourues en mer.
Lors de la messe célébrée sur le terrain de sport local, devant des milliers de fidèles, il a insisté sur la nécessité d’une réponse européenne cohérente. Le souverain pontife a plaidé pour une stratégie à long terme capable d’intégrer les migrants tout en favorisant le développement des pays d’origine pour éviter l’exil forcé. Cette vision appelle une responsabilité partagée entre les institutions publiques et la société civile.
Le souverain pontife a délivré un message sans détour concernant les causes profondes de ces tragédies humaines :
« Les morts dans cette mer sont victimes à la fois des décisions prises et des décisions non prises, car l’indifférence au bien commun, la corruption et un système économique global qui génère pauvreté et exclusion sont des facteurs qui alimentent cette crise. »
Un appel à la solidarité européenne
Au-delà des critiques, le pape a exhorté les Européens à ne pas laisser la peur dicter leurs actions. Il a insisté sur le fait que la géographie de Lampedusa, terre d’accueil à la fois pour les migrants et pour les vacanciers, ne doit pas créer de fracture artificielle. Pour lui, le courage de penser différemment est une nécessité pour humaniser les relations entre les peuples.
Il a conclu son message en rappelant le sens du mot local « O’scià », signifiant « mon souffle », une manière de témoigner de la vitalité de la foi et de la charité. Cette visite à Lampedusa laisse une empreinte durable sur l’île, rappelant aux dirigeants européens que la gestion des flux migratoires ne peut se limiter à une réponse d’urgence mais doit être ancrée dans une éthique de l’accueil.


