BAMAKO, 4 juillet (Le Parisien Matin) – Dans plusieurs régions du Mali, une nouvelle vague d’attaques rebelles coordonnées frappe le pays, marquant une escalade significative de l’insécurité. Lancées simultanément aux premières heures de la journée, ces opérations visent des centres logistiques, des avant-postes militaires ainsi qu’un complexe pénitentiaire majeur, fragilisant davantage la junte au pouvoir et ses partenaires paramilitaires russes.
Une offensive coordonnée sur plusieurs fronts
Les assauts ont débuté aux alentours de 5h00, témoignant d’une planification rigoureuse. Dans le nord, les localités d’Anefis et d’Aguelhok, derniers bastions de l’armée malienne dans la région de Kidal, ont été la cible de combats intensifs. Parallèlement, la ville de Gao a été secouée par des explosions ciblant une caserne de l’armée, un point stratégique pour le contrôle du territoire. Au centre du pays, la ville de Sévaré a subi des attaques visant son aéroport militaire, où des appareils non identifiés ont été aperçus peu après les détonations.
La menace s’est également étendue au sud-ouest, à proximité de la capitale Bamako. La prison de Kenieroba, un complexe moderne conçu pour détenir des combattants djihadistes, a essuyé des tirs nourris. Des détenus ont rapporté avoir été pris au piège sous leurs lits alors que les communications étaient interrompues. Cette attaque contre un site stratégique illustre la volonté des insurgés de porter le conflit au cœur des zones jusque-là jugées plus sécurisées.
Cette opération est menée par une coalition inédite alliant le Front de libération de l’Azawad, groupe séparatiste touareg, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda. Bien que ces mouvements soient historiquement opposés, cette collaboration opérationnelle vise à isoler le pouvoir central avant une possible progression vers le sud. Les analystes observent que ces attaques s’inscrivent dans une stratégie globale visant à affaiblir le régime après la prise de Kidal et l’assassinat du ministre de la Défense, le général Sadio Camara.

L’évolution des tactiques sur le terrain
Le conflit a connu une transformation technologique majeure. Les rebelles utilisent désormais des drones FPV à bas coût, capables de neutraliser les véhicules blindés fournis par la Russie, une tactique qui a pris l’armée malienne au dépourvu dans le désert. Par ailleurs, la communication joue un rôle central dans cette offensive. Selon les observateurs, les groupes armés exploitent les réseaux sociaux pour diffuser en temps réel des vidéos de prises de matériel militaire, dominant ainsi le récit médiatique avant toute communication officielle de l’État.
La junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta fait face à une crise de sécurité croissante. Depuis la rupture des liens avec les forces de sécurité occidentales, le gouvernement s’appuie sur le Corps africain russe, anciennement connu sous le nom de groupe Wagner. Cependant, ces forces paramilitaires peinent à contenir l’insécurité tout en étant au centre d’accusations de violations des droits humains. Un expert souligne les enjeux de cette situation :
« Le champ de bataille s’est déplacé vers une guerre médiatique où chaque camp tente de prendre l’ascendant narratif en publiant des preuves vidéo de ses avancées tactiques. »
L’instabilité actuelle soulève des questions sur la gestion des ressources du pays. Bien que les forces russes rencontrent des difficultés sur les lignes de front, des rapports indiquent qu’elles ont sécurisé d’importantes concessions aurifères dans l’ouest du Mali en guise de paiement. Cette dynamique place le régime dans une position délicate, perdant le contrôle territorial tout en voyant ses principales ressources économiques être utilisées pour financer une présence sécuritaire contestée par une grande partie de la communauté internationale.


