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REDMOND, 10 août (Le Parisien Matin) – Microsoft prévoyait de dévoiler sa nouvelle puce d’intelligence artificielle Maia 300 dès cet automne, potentiellement dès le mois prochain, selon un rapport publié lundi par The Information qui citait des sources proches du dossier. Le groupe cherchait à réduire sa dépendance aux processeurs coûteux de Nvidia.

Le projet, connu en interne sous le nom de code Clea, marquait un changement d’échelle stratégique. Il ne s’agissait plus d’un prototype limité mais d’une tentative agressive de briser l’hégémonie du marché et de baisser les coûts d’infrastructure liés à ses modèles internes et à ceux d’OpenAI.

Un calendrier resserré pour l’automne

« Microsoft prévoit de dévoiler sa nouvelle puce IA Maia 300 cet automne, potentiellement dès le mois prochain ».

A rapporté The Information. La source a précisé que l’annonce publique était attendue pour septembre.

L’entreprise avait introduit sa première puce Maia en novembre 2023. Elle avait ensuite dévoilé sa deuxième génération, la Maia 200, en janvier dernier, fabriquée par TSMC en technologie 3 nanomètres.

Microsoft avait doté la Maia 200 d’une quantité importante de SRAM, un type de mémoire capable d’offrir des avantages de vitesse pour les systèmes d’IA gérant un grand nombre de requêtes simultanées.

Un retard à combler face à Google et Amazon

Microsoft avait pris du retard sur ses rivaux Alphabet et Amazon dans la montée en puissance de ses efforts internes en matière de puces. L’objectif restait de s’affranchir de Nvidia.

Google avait commencé à comptabiliser des revenus issus de la vente directe de ses puces personnalisées, les Tensor Processing Units, au cours du trimestre clos en juin. De son côté, Amazon avait constaté une adoption croissante de ses processeurs, dont ses puces Trainium.

Cette concurrence directe avait poussé Microsoft à revoir sa stratégie. Le groupe ne visait plus seulement un déploiement interne, mais cherchait activement à convaincre de grands clients cloud.

Des négociations massives avec TSMC

Le groupe a mené des discussions avancées avec le fondeur taïwanais TSMC.

« Microsoft a été en pourparlers avec le fabricant de puces TSMC pour sécuriser une capacité de fabrication de plus de 300 000 unités de la puce pour une livraison en 2027 »

A rapporté The Information.

L’objectif à long terme était encore plus ambitieux.

« Microsoft vise à terme à sécuriser une capacité de plus de 1 million de puces Maia 300 ».

Bien que les contraintes sur les composants et les négociations en cours puissent limiter ses plans.

Microsoft n’avait pas répondu immédiatement à une demande de commentaire de Reuters. TSMC n’avait pu être joint pour commenter en dehors des heures ouvrables.

Façade d'un centre de données Microsoft avec logo lumineux la nuit

Une architecture repensée pour l’inférence

La Maia 300 représentait une refonte architecturale complète par rapport à la Maia 100, considérée comme un prototype limité. La nouvelle puce opérait une transition vers de la mémoire HBM à large bande passante, essentielle pour gérer des modèles à plusieurs billions de paramètres.

Elle avait été conçue pour des racks de serveurs spécialisés à refroidissement liquide. Cette conception permettait de densifier les processeurs dans les centres de données sans surchauffe et de réduire la consommation énergétique par calcul grâce au procédé 3 nanomètres de TSMC.

Le groupe prévoyait également de démarcher des clients majeurs comme Anthropic pour adopter la puce sur son cloud Azure.

Microsoft contre-attaque Nvidia

Ce qui frappe avec Maia 300, ce n’est pas tant la puce elle-même que le virage doctrinal qu’elle incarne chez Microsoft.

Jusqu’ici, Redmond jouait au suiveur poli dans le jeu du silicium. Google avait ses TPU depuis 2016, Amazon ses Trainium bien installés, Microsoft bricolait. La Maia 100 et 200 étaient des exercices de style, utiles pour apprendre, pas pour peser. Avec Clea, on change de registre.

On ne parle plus de sécuriser quelques dizaines de milliers de puces pour faire tourner Copilot en interne. On parle d’un million d’unités. C’est une commande de type état-major, pas de laboratoire.

Pourquoi maintenant ? Parce que le modèle économique a basculé. L’entraînement des modèles faisait la une, mais c’est l’inférence qui ruine les comptes. Chaque requête ChatGPT coûte.

Nvidia le sait et facture son péage. En attaquant frontalement l’inférence, Microsoft ne cherche pas à tuer Nvidia, il cherche à arrêter de le financer. C’est une opération de déflation interne.

Le pari le plus audacieux reste Anthropic. Démarcher l’allié quasi officiel de Google et d’Amazon pour lui vendre du Maia, c’est transformer une arme défensive en produit commercial.

Si Azure parvient à proposer de l’inférence 30 à 40% moins chère grâce à ses propres puces, il ne vend plus du stockage, il vend du pouvoir de calcul propriétaire. C’est là que la marge d’Azure à 43% prend tout son sens : elle permet de subventionner une guerre des prix que peu peuvent suivre.

Reste l’angle mort, et il est massif : TSMC. Vouloir 1 million de puces en N3 avec packaging CoWoS en 2027, au moment où Apple, Nvidia et AMD se battent pour la même capacité, c’est s’inviter à une vente aux enchères où tout le monde perd.

Microsoft a le carnet de chèques, mais TSMC a le goulot. La vraie bataille de Maia 300 ne se jouera pas dans les benchmarks contre H100, elle se jouera dans les couloirs de Hsinchu.

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